Voici
venu le temps de Pâques. Si, pour nous chrétiens,
Pâques célèbre la Résurrection
du Christ, pour la nature c'est aussi le printemps,
le renouveau, le réveil après le sommeil
de l'hiver. L'uf, représente le germe de
la vie dans de nombreuses civilisations ; il a été
le premier symbole de la résurrection, lié
au culte du soleil chez les égyptiens, puis du
Christ dans le monde chrétien et aujourd'hui
il est récupéré par la société
de consommation avec le fameux uf en chocolat.
"Les bons petits enfants auront des ufs de
Pâques" énonçait l'exergue
d'un conte pour enfants de Charles de Ribelle, à
la fin du siècle dernier, "car le Bon Dieu
a dit : "Je récompenserai ceux qui auront
été sages et qui auront suivi mes commandements.
" Mais le Seigneur a dit aussi", : "Je
châtierai sévèrement les méchants,
et ils n'auront point de part à mes largesses.
" - Soyez donc bons, studieux et remplis de la
crainte de Dieu, mes chers petits, et vous aurez tous
votre part des ufs de Pâques promis par
le Seigneur notre Dieu. "
Il n'est pas de fête de Pâques sans ufs.
Rien n'est moins vrai. Pas une seule trace dans les
textes liturgiques du moindre petit uf, ou de
ses accompagnateurs, poules, lapins, cloches. Et pourtant
l'uf est devenu le signe annonciateur de Pâques
dans la vie quotidienne. Depuis la nuit des temps, un
vertige métaphysique a saisi l'humanité
devant cette forme parfaite qu'est l'uf, source
de toute vie.
Dans
le Kalevala, livre sacré des anciens Finlandais,
c'est de l'uf que naquit le monde. La mère
de l'eau, Iltamara, dormait au fond de l'océan
sans rivage. Dans son sommeil, elle remua, et son genou
sortit de l'eau, tel une île. Alors le maître
de l'air tomba des cieux vides et déposa un uf
d'or sur ce genou divin. Mais à peine effleurée,
comme une ensommeillée qu'un insecte agace, la
déesse frémit et, frémissant, brisa
la coquille parfaite. Alors tous les morceaux se transformèrent
en choses bonnes et utiles : le bas de la coque de l'uf
forma le firmament sublime, le dessus de la partie jaune
devint le soleil rayonnant, le dessus de la partie blanche
fut au ciel la lune brillante, tout débris taché
de la coque fut une étoile au firmament, tout
morceau foncé de la coque devint un nuage de
l'air et désormais le temps avança (cité
par Henri Gougaud). Une autre version de ce conte mythologique
raconte qu'une oie sauvage, prenant les genoux de la
déesse pour la terre, y fit son nid et y pondit
six ufs d'or et un septième en fer. De
la même façon, en se brisant, ils donnèrent
naissance au ciel, à la terre, au soleil, à
la lune, aux étoiles et aux nuages.
Dans de nombreux contes populaires européens,
l'âme du magicien, sa vie, est enfermée
dans un uf. Dans un conte russe, un magicien nommé
Koshchei l'Immortel, enleva une princesse et la retint
prisonnière dans son château d'or.
" Cependant un jour qu'elle se promenait toute
seule et affligée dans le jardin du château,
un prince vint lui parler et gagna ses bonnes grâces
; encouragée par la perspective de s'échapper
avec lui, elle alla trouver le magicien et le cajola
avec des paroles flatteuses et trompeuses en disant
: " Mon très cher ami, dis-moi, je t'en
prie, mourras-tu jamais ? -Jamais, certes, dit-il. -Eh
bien ! répond-elle, où donc est ta mort
? Est-elle dans ta maison ? - Oui, bien sûr, dans
le balai sous le seuil. " Sur quoi, la princesse
saisit le balai et le lança dans le feu ; mais
le balai brûla et l'immortel Koshchei resta en
vie ; pas un seul de ses cheveux ne fut même roussi.
Déçue dans sa première tentative,
l'artificieuse jeune fille fit la moue et dit : "Tu
ne m'aimes pas vraiment, puisque tu ne m'as pas dit
où était ton âme ; mais je ne suis
pas en colère, je t'aime de tout mon cur.
" Par ces paroles caressantes, elle cherchait à
se faire dire par le magicien où était
véritablement sa mort. L'homme se mit alors à
rire et dit : " Pourquoi veux-tu le savoir ? eh
bien ! par amour, je te le dirai. Dans un certain champ,
il y a trois chênes, et sous les racines du plus
gros il y a un ver ; si jamais on trouve ce ver, et
si on l'écrase, je mourrai à l'instant."
Quand la princesse eut entendu ces mots, elle alla tout
droit chez son amant et lui dit tout ; celui-ci chercha
jusqu'à ce qu'il eût trouvé les
chênes, creusa, trouva le ver et l'écrasa.
Il se précipita alors au château de l'enchanteur,
mais seulement pour apprendre que celui-ci était
encore en vie. La princesse se mit encore à caresser
et à cajoler Koshchei et, cette fois, vaincu
par ses artifices, il lui ouvrit son cur et lui
dit toute la vérité : " Ma mort,
dit-il, est loin d'ici, et difficile à trouver,
sur le vaste océan. Dans cet océan, il
y a une île, et sur l'île pousse un chêne
vert ; sous le chêne vert se trouve un coffre
de fer, dans le coffre un petit panier, dans le panier
un lièvre, dans le lièvre un canard, et
dans le canard un uf ; quiconque trouve l'uf
et le casse me tue en même temps. " Le prince
naturellement se procura l'uf fatal, et, le tenant
dans ses mains, il vint en la présence du magicien
immortel. Le monstre l'aurait tué, mais le prince
se mit à serrer l'uf. Le magicien alors
poussa des cris de douleur, et se tournant vers la perfide
princesse, qui était là, minaudant et
souriant : "N'était-ce pas par amour pour
toi, lui dit-il, que je t'ai dit où était
ma mort ? Est-ce là ce que tu me donnes en retour
?" Il essaya en même temps d'empoigner son
épée, suspendue à un clou au mur,
mais avant qu'il eût pu l'atteindre, le prince
avait écrasé l'uf : l'enchanteur
immortel rendit l'âme au même instant "
(relevé par Frazer, Le Rameau d'Or, " Balder
le Magnifique ").
Ce type de conte, dans lequel l'âme est contenue
dans un uf, est commun à de nombreux pays
: Danemark, Allemagne, Bohême, Transylvanie, Italie,
pays Basque. Frazer relève un conte kabyle dans
lequel un ogre déclare que son destin est bien
loin, dans un uf, lequel est dans un pigeon, lequel
est dans un chameau, lequel est dans la mer. Le héros
se procure l'uf, l'écrase entre ses mains
et l'ogre meurt, exactement de la même façon
que dans un conte lapon.
Mais l'uf peut être aussi symbole de mort.
Ainsi en Russie, le jour de Pâques, les familles
vont au cimetière. Elles apportent des ufs,
les cassent sur le petit banc devant la tombe, et chacun
en mange un ou plusieurs. Les coquilles cassées
sont déposées sur la tombe.
L'opinion
généralement admise rattache l'origine
de la coutume des oeufs de Pâques au Carême.
Mais la vérité historique exige quelques
précisions, même si plusieurs versions
sur les origines de cette tradition s'affrontent. Il
y a environ 5000 ans, chez les Perses, on s'offrait
mutuellement au début du printemps des ufs
de poule, des vrais, comme cadeaux propitiatoires afin
de rendre l'autre bienveillant à son égard.
D'autres relient cette tradition à un événement
historique français. En 1176, le roi Louis VII
revenait à Paris au terme de la seconde croisade.
Pour fêter dignement son retour, l'abbé
de St-Germain-des-Prés lui fit cadeau de la moitié
du produit de ses récoltes. Leur abondance était
telle que l'on dut organiser plus d'une fête dans
chaque ville du royaume, afin de distribuer toutes les
richesses avant qu'elles ne se gâtent. Il y avait,
en particulier, quantité d'ufs, qui pour
l'occasion furent peints et distribués. La joie
populaire fut telle que l'uf de Pâques devint
une tradition. Et pendant plus de 250 ans, les rois
de France en respectèrent l'usage. C'est Louis
XI qui y mit fin. Préoccupé par les conséquences
néfastes qu'un tel gâchis pouvait causer
sur le plan économique, il interdit la consommation
d'ufs durant tout le temps de Carême. Au
Samedi saint les ufs apparaissaient à nouveau
sur les tables et dans le repas. Certains les coloraient
en rouge et les vendaient aux portes des églises
(comme encore de nos jours en Grèce).
Les
jeux traditionnels autour de l'uf à Pâques
Non seulement l'uf est offert, dégusté,
ou bien décoré et suspendu, mais il fut
aussi, pendant des siècles et dans le monde entier,
le protagoniste de rituels traditionnels. Il est toujours
présent dans certaines coutumes locales.
Cogner deux ufs ensemble, par exemple, est un
jeu que l'on retrouve dans plusieurs pays d'Europe :
on tient un uf dans sa main et on le choque contre
celui que tient l'adversaire, pointe contre pointe.
Celui qui casse l'uf de l'autre, ou plutôt
celui qui reste avec un uf entier dans la main
a gagné.
Ce jeu encore très pratiqué en Grèce
avec les ufs rouges, porte le nom de "ticken",
au Luxembourg. Il subsiste aussi en Italie, dans les
Pouilles, où on l'appelle le ''tuzzo". Avant
la dernière guerre, lorsque les ufs coûtaient
trois fois rien, c'était un divertissement très
courant. Il y a encore peu de temps, on voyait les hommes
du village se réunir sur la place, non loin des
marchands d'ufs, pour se défier mutuellement
à ce jeu. N'hésitez pas à en relancer
la mode ! Mais un conseil : faites d'abord cuire vos
oeufs, et ensuite, dégustez-les...
Autre jeu traditionnel qui était encore en usage
du côté de Salente, dans le sud de l'Italie,
au début du siècle. On posait par terre
un uf dur, non écalé. Devant lui,
à une certaine distance, on plaçait un
rouleau à pâtisserie ou un manche à
balai. Le jeu consistait à s'agenouiller sur
celui-ci et, vaille que vaille, en ''roulant",
à parvenir jusqu'à l'uf : il fallait
alors, toujours en restant en équilibre, saisir
l'uf dans sa bouche. Le vainqueur était,
bien entendu, celui qui parvenait à mener à
terme cette périlleuse entreprise. Quant au perdant,
il avait un gage. On connaît un autre jeu avec
l'uf, d'origine grecque celui-là. Il faut
attraper l'uf avec la bouche, mais cette fois-ci,
un filet, tendu devant le joueur, est levé et
baissé alternativement pour que la prise soit
moins facile.
C'est de Pologne que vient une coutume très répandue,
qui n'est plus un jeu : celle des oeufs peints ou colorés.
Le dimanche de Pâques, on les fait bénir,
puis on les dispose aux limites des champs. Ce sont
là des gestes qui se répètent depuis
des siècles, rites magiques et propitiatoires,
dont le but, lié à une très ancienne
tradition païenne, est de favoriser d'abondantes
récoltes.
Des récits de voyages nous apprennent que, dans
certaines contrées de Hongrie, on peut encore
rencontrer, le lundi de Pâques, des jeunes gens
venir frapper au domicile de leur fiancée pour
entonner, sitôt la porte entrouverte, la chanson
prévue pour l'occasion : ''Bonjour, bonjour,
ma fleur de lis ! Laisse-moi t'arroser pour ne jamais
flétrir ! Alors la porte s' ouvre, la jeune fille
sort tout apprêtée dans ses habits de fête
; son fiancé l'asperge d'un peu d'eau, les plus
délicats emploient du parfum, et en échange,
elle donne à son amoureux un uf coloré.
La croyance populaire, fidèle gardienne des anciennes
valeurs des communautés villageoises, voit dans
cet uf, offert en gage d'amour, aussi bien le
symbole de la pureté que celui de la fertilité
future.
Pâques. Union du sacré et du profane. Coutumes
et traditions qui se répètent depuis des
siècles : différentes d'un pays à
l'autre, d'une région à l'autre, elles
donnent pourtant l'impression de toutes se ressembler.
Le jeu de l'uf pratiqué en Italie ou en
Grèce, on le retrouve aussi en Allemagne et en
Belgique. Et l'uf de bon augure qui roule dans
les champs en Pologne, il roule aussi en Irlande, en
Écosse ou en Russie. Pâques c'est le printemps
et la fête, pas seulement chez les chrétiens,
mais aussi chez les païens et les athées.
Dans les champs, à l'église ou sur la
table, l'oeuf est vraiment roi.
Une charmante chronique du XVe siècle raconte
son rôle d'entremetteur privilégié
entre l'infante Marguerite et le prince de Savoie. La
scène se passe à Bourg-en-Bresse. Sur
la place du parvis de la cathédrale, des jeunes
gens et des jeunes filles dansent sur le pavé
qui est entièrement recouvert d'ufs. C'est
la tradition qui le veut : les couples qui auront réussi
à terminer la danse sans avoir cassé un
seul uf peuvent se marier sans le consentement
des parents. Mélancolique, Marguerite assiste
à ce spectacle, mais, tandis qu'elle est plongée
dans ses pensées, un beau jeune homme arrive
à cheval, le prince de Savoie. Comme dans tous
les contes de fées, c'est le coup de foudre.
Ils se mettent à danser, et ils dansent tout
le jour sans briser un seul uf. Leur mariage sera
célébré le jour de Pâques.
Et, en souvenir des circonstances de leur rencontre,
les parents et les amis reçurent en cadeau de
magnifiques oeufs en métal précieux, remplis
de petits gâteaux.
La
décoration des ufs de Pâques
La
préparation des ufs de Pâques peints
atteint à l'uvre d'art dans certains pays
méditerranéens et dans les pays slaves.
En Hongrie, l'idée " d'uf de Pâques
et " d'uf rouge " s'exprime par le même
mot, " Kokonya ". En Roumanie, un proverbe
dit que si un jour les chrétiens ne font plus
d'ufs rouges, alors la fin du monde sera arrivée.
En Ukraine, avant de se fondre dans la tradition chrétienne,
les ufs peints, ou pyssanki, appartenaient aux
pratiques et traditions dans les religions archaïques
dites païennes. Yvanka Tchumak, dans " L'uf
de Pâques ukrainien ", rappelle la fabrication
de ces pyssanki, l'uf-écrit :
" Autrefois, l'écriture de la pyssanka était
un acte rituel sacré. Elle s'accomplissait le
soir et la nuit par la mère ou la femme la plus
âgée de la famille. La pyssanka se faisait
dans un silence rythmé de prières, d'incantation
magique et de chants printaniers antiques. Ces formules
magiques transmettaient à la pyssanka les forces
du bien. Chaque pyssanka était écrite
avec des signes-symboles appropriés, selon l'usage,
la destination ou l'offrande... De nombreuses croyances
attestent du pouvoir magique de la pyssanka. Suspendue
au cou d'un malade, elle en assurait la guérison
; enterrée dans le premier et le dernier sillon,
elle garantissait une récolte abondante. Une
assiette de pyssanki dans la maison gardait la famille
en bonne santé et protégeait du feu et
de l'orage. La tradition se transmettait de génération
en génération, les symboles se recopiaient
d'après des spécimens précieusement
gardés des années précédentes,
ou se transmettaient oralement par les personnes âgées.
Aujourd'hui, ces coutumes anciennes se perpétuent
dans la tradition chrétienne. "
Les ufs sont bénits par le prêtre
et tiennent une place d'honneur sur la table pascale.
La décoration des ufs au printemps est
une tradition qui remonte à la plus haute antiquité.
Les ufs coloriés étaient déjà
connus chez les Chinois, les Egyptiens des Pharaons.
En Perse, la fête du Nouvel An au printemps s'appelle
la fête de l'uf rouge.
En Grèce, le jeudi saint est surnommé
jeudi rouge, puisque ce jour-là sont teints les
ufs de Pâques, et pour les Grecs, l'uf
rouge est le seul véritable uf de Pâques.
L'interprétation symbolique du rouge est riche:
couleur du sang, de l'amour, de la victoire. Et pourtant
d'autres couleurs ont été de tout temps
employées. Obtenues par des teintures végétales,
elles allaient du jaune au vert, en passant par des
bleus. Les techniques de décoration sont variées.
Nous rappellerons ici les principales techniques. Comment décorer les ufs de Pâques
?
Il existe différents procédés :
la teinture, végétale ou maintenant artificielle,
la peinture unie puis grattée, ou par couches
successives avec des caches de cire, puis des collages
de paille, de papier, de laines ou de rubans sur les
ufs teints ou peints. Mais d'abord s'impose la
préparation des ufs. uf cru ou uf dur ?
L'uf cru et vidé se conservera indéfiniment
: avec une épingle, percer un petit trou à
chaque bout de l'uf. Dans l'un de ces trous enfoncer
un aiguille à tricoter de petit calibre (numéros
1 ou 2), et agiter l'intérieur de l'uf
; retirer l'aiguille et souffler pour expulser l'uf.
(Prévoir un repas à base d'ufs,
omelettes, gâteaux, etc.). Nettoyer la coquille
en rinçant l'intérieur à plusieurs
reprises et enlever toute trace d'uf ou de graisse
sur l'extérieur de la coquille avec du vinaigre
ou en trempant l'uf dans du produit pour la vaisselle
; essuyer soigneusement et laisser égoutter dans
un coquetier. Toute trace de gras empêcherait
la peinture de bien prendre.
L'uf dur se garde moins longtemps, à moins
de le faire cuire plus d'une demi-heure, le jaune et
le blanc devenant alors si durs qu'ils se corrompent
à peine. Pour éviter qu'ils se fendent,
les plonger d'abord dans l'eau froide, après
avoir percé leur base d'un petit trou pour qu'il
n'y ait pas de poche d'air. Les teintures végétales
Ce furent les premières employées : décoctions
de plantes, de fleurs, elles ont été remplacées
par de petits sachets de poudre avec mode d'emploi.
Mais le choix des couleurs est généralement
réduit, et les tons naturels étaient particulièrement
beaux. Voici donc une liste de quelques colorants naturels.
Pour obtenir du jaune : les racines de carotte, les
pelures d'oignons légèrement bouillies,
le cumin, le safran, l'écorce d'aulne.
Pour obtenir du brun : le thé, le café,
écorce de chêne, écorce de prunier.
Pour obtenir du rouge : pelures d'oignons avec du vinaigre,
jus de carottes rouges, garance, jus de betteraves.
Pour obtenir du vert : feuilles d'orties ou d'épinards,
de lierre, jeune seigle.
Pour obtenir du vert jaune : feuilles de bouleau.
Pour obtenir du bleu : pétales de bleuet mélangés
à une cuillère d'alun fleurs de mauve.
Pour obtenir du violet : myrtilles ou baies de sureau.
Il suffit de faire bouillir l'eau et les matières
colorantes, de laisser refroidir, d'y plonger les ufs
et de faire bouillir à nouveau. L'addition de
vinaigre rend les couleurs plus lumineuses. Pour les
tons délicats, il suffit d'un temps de couleur
assez court. Pour les tons plus soutenus, il faut laisser
les ufs une heure ou plus dans le bain de teinture. Variations avec la teinture :
Pour obtenir des effets de dessin avec les ufs
teints, les recouvrir par endroits d'un cache: une ficelle
enroulée autour de l'oeuf (le colorant ne touchera
que les parties laissées libres) ou des feuilles
découpées, genre persil ; on enserre l'uf
et son cache dans une mousseline et on les plonge dans
le bain de couleur. Dans certaines régions de
Suisse et de Lettonie, au lieu de graminées,
fleurs ou herbes, les caches sont réalisés
à partir de papiers, tissus ou rubans découpés
appliqués sur l'uf. Les oeufs peints
Il existe plusieurs colorants : la gouache, les encres,
les crayons feutre. L'important est que la coquille
soit bien débarrassée de toute trace de
graisse. Travailler sur plusieurs coquilles à
la fois, l'une séchera pendant que l'autre sera
peinte. Poser l'uf sur un coquetier ou sur un
anneau de rideau. Peindre la moitié supérieure,
attendre qu'elle sèche, et retourner l'uf.
Une autre technique consiste à enfiler l'uf
sur un bâtonnet, une des extrémités
de l'uf ayant été obturée,
et de planter le bâtonnet et l'uf dans un
verre rempli de sable. La totalité de la surface
de l'uf est alors accessible.
L'uf peut être peint d'une couleur uniforme,
ou de plusieurs couleurs; dans ce cas, dessiner au préalable
sur la coquille la trace des motifs souhaités
et utiliser des pinceaux fins.
A partir de ces deux modes de coloration des ufs
se développent, selon les pays, différentes
sortes de décors. Les ufs grattés
Cette technique vient d'Europe centrale. En Bohême,
les femmes réalisent des décors de dentelle,
tandis qu'en Moravie elles dessinent des motifs floraux.
L'uf est peint à la gouache ou teint dans
une solution de couleur foncée, puis avec un
instrument pointu (plume à vaccin par exemple)
on ôte en grattant délicatement la couleur
selon un motif choisi. Cette pratique demande une grande
habileté et... beaucoup de temps. Dans la Hesse,
les jeunes filles écrivaient selon ce procédé
leurs souhaits de Pâques sur l'uf coloré
et n'oubliaient pas d'en indiquer la date. Les décors collés =>Avec de la paille : c'est une technique
très délicate qui est originaire de Tchécoslovaquie.
Se procurer des brins de paille assez gros, un bâton
de colle, un cutter très aiguisé, de l'encre
de Chine, une pince à épiler et un pinceau
souple. Peindre l'uf à l'encre de Chine,
le laisser sécher. Humecter les brins de paille,
les fendre en deux et les mettre à plat. Les
faire sécher entre les pages d'un gros dictionnaire.
Quand les pailles sont aplaties et sèches, découper
finement au cutter des motifs géométriques:
triangles, losanges, bâtonnets. Composer le décor
à plat sur un papier, saisir chaque motif avec
la pince à épiler, l'enduire de colle
et le placer sur l'uf peint. =>Avec du papier gommé découpé:
cette fois, c'est de Pologne que nous vient cette décoration
des ufs de Pâques. Sur un uf peint
au préalable, on applique des motifs de couleur
finement découpés. Les couleurs peuvent
se superposer. Les motifs sont souvent des feuilles,
des fleurs, des oiseaux. Une proposition plus simple
serait de conseiller l'emploi des décalcomanies,
sur un neuf peint au préalable ! =>Avec de la laine et des rubans : avec la
laine, l'uf est entièrement recouvert de
brins de couleur. Encoller la surface de l'uf
au fur et à mesure, en commençant par
un anneau au milieu. La colle en bâton est d'un
usage plus facile. Faire quelques anneaux d'une couleur,
puis continuer avec une autre, en encollant le raccord
des laines.
Pour les rubans, travailler sur un uf peint ou
teint au préalable. Encoller le dos du ruban
que l'on ne choisit pas trop large pour éviter
les fronces disgracieuses.
Ces techniques de collages ouvrent à un large
champ à l'initiative personnelle : coller des
fleurs, des graines, des éléments de dentelle. L'uf ukrainien
Cet uf aux couleurs et aux motifs extraordinaires
demande une exécution minutieuse et en plusieurs
étapes. Le principe est le suivant : les motifs
sont dessinés à la cire d'abeille, avec
un instrument particulier, une sorte de stylet, que
l'on trempe dans la cire chaude. Une fois que le motif
choisi a été dessiné, l'uf
est plongé dans un bol de teinture, la plus claire.
Quand la nuance souhaitée est obtenue, l'uf
est séché, et certaines parties du motif
sont recouvertes à leur tour de cire, ce sont
celles qui resteront jaunes par exemple. L'uf
est plongé une seconde fois dans une teinture,
rouge, qui ne touche pas à la cire. L'uf
est sorti, séché, couvert encore de cire
à certains endroits puis plongé dans une
teinture encore plus foncée, jusqu'à obtention
du nombre de couleurs souhaité. Une fois toutes
ces opérations réalisées, on place
l'uf près de la flamme de la bougie et
les différents caches de cire fondent, faisant
réapparaître les couleurs souhaitées,
celle de l'uf pour le premier motif, puis les
parties jaunes, rouges, etc. Les motifs obéissent
tous à des symboles très précis,
transmis de génération en génération.
Pour ne pas en rester sur des explications qui peuvent
paraître impressionnantes, mais nous touchons
là à tout un héritage de traditions
populaires, voici pour les enfants gourmands cette recette
que le fin gourmet Charles Monselet copia un jour sur
un " viandier " du château royal de
Marly. Les oeufs à surprise
" Prenez douze ufs de belle prestance ; faites
à chacun deux petits trous aux extrémités
; passez par un de ces trous une paille pour crever
le jaune ; videz vos ufs en soufflant par un des
bouts; mettez vos coquilles dans de l'eau pour les rincer
; égouttez-les et faites-les sécher à
l'air ; délayez de la farine avec un jaune d'uf
pour boucher un des trous de vos coquilles ; les ayant
bouchées, laissez-les sécher et remplissez-les
de crème au chocolat, au café, à
la fleur d'oranger ou à la vanille ; à
cet effet, servez-vous d'un très petit entonnoir
; bouchez les trous de ces coquilles ; faites-les cuire
à pleine eau chaude (sans les faire bouillir)
; supprimer la pâte des deux bouts de ces ufs
; essuyez-les et servez sous une serviette pliée
pour entremets. "
Ou peut-être mieux encore, pourquoi ne pas faire
soi-même les ufs en chocolat, en se servant
des coquilles d'ufs comme moules ? Faire un trou
d'un bon centimètre de diamètre à
l'extrémité d'un uf, le vider en
le secouant, le rincer et le laisser sécher.
Attendre un jour ou deux, puis faire fondre du chocolat
noir ; quand il est liquide, remplir la coquille, puis
la vider cinq secondes plus tard en la renversant. Laisser
sécher l'uf à l'envers, pendant
près d'une heure. Casser délicatement
la coquille, et apparaît un uf en chocolat
!
Pâques
à table
Après
l'austérité du Carême, les gâteaux
de Pâques font largement honneur à l'oeuf.
Les " campanili " de Bastia, en forme de couronnes
ornées d'ufs colorés, rappellent
les cloches de Pâques parties à Rome. Quant
à " l'alise pâquaude " de Vendée,
un énorme gâteau brioché qui peut
atteindre 10 livres, sa préparation commence
le Samedi saint : on en cuit autant qu'il y a de membres
dans la famille. Il faut citer aussi les " corniottes
" ou les " niflettes " en Bourgogne,
les " fougassons " en Auvergne ou les "
pagnottes " du Forez. Sans oublier non plus ces
délicieuses " darioles " de Reims,
souvenir gourmand de la foire de Pâques où
l'on vendait déjà de ces petites tartelettes
mentionnées par Rabelais. Terminons avec les
" allélulias " de Castelnaudary, friandises
pascales parfumées au cédrat, spécialités
de la ville depuis le début du siècle
dernier. La légende veut qu'un pâtissier
ait exécuté la recette à l'occasion
d'une visite que le pape Pie VII aurait faite à
Castelnaudary au moment de Pâques.
LES
CAMPANILI CORSES
5 00 g de farine, 1 oeuf, 125 g de sucre, 3 75 g de
beurre, une pincée de sel, 20 g de levure de
boulanger, 1 petit verre d'eau-de-vie, de l'anis en
grains, des ufs durs colorés.
Verser
la farine dans une terrine et y creuser une fontaine.
Ajouter dans ce creux l'uf battu, le sel, le sucre
et le beurre ramolli coupé en petits morceaux.
Travailler les ingrédients du bout des doigts
en incorporant également l'eau-de-vie et l'anis,
puis la levure délayée dans un verre d'eau
tiède. Travailler la pâte pour réaliser
un amalgame homogène. Laisser reposer deux ou
trois heures. Façonner une grande couronne (ou
plusieurs petites) avec la pâte, en réservant
une petite quantité pour les croisillons. Incruster
les oeufs durs dans la couronne, à intervalles
réguliers, et les maintenir en place avec de
petits croisillons de pâte. Faire cuire sur la
tôle du four pendant environ 45 minutes, après
avoir doré la couronne avec un jaune d'uf.
LA
POGNE DE ROMANS
500 g de farine de gruau, 8 g de sel, une cuillerée
à soupe d'eau de fleur d'oranger, 25 0 g de beurre,
25 g de levure de boulanger, 6 ufs entiers, 200
g de sucre en poudre.
Étaler
la farine en couronne, ajouter au milieu du sel, de
l'eau de fleur d'oranger, le beurre ramolli, la levure
et quatre ufs entiers. Travailler la pâte
vigoureusement en incorporant tous les ingrédients.
A ce moment, ajouter les deux derniers ufs ainsi
que le sucre. Rassembler la pâte et la laisser
fermenter 10 à 12 minutes au tiède. La
rompre, la façonner en plusieurs couronnes. Laisser
lever encore 30 minutes. Dorer et faire cuire au four
à bonne chaleur.
(D'après
Mariana Robbiani, Histoire de l'oeuf, Gentleman Editeur,
1987 et Françoise Lebrun Le livre de Pâques
Robert Laffont 1986)