EGLISE ORTHODOXE D'ESTONIE

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Estonie

 
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LA SIGNIFICATION DES RELIQUES DANS L’EGLISE ORTHODOXE

« Nous vénérons les saintes reliques parce que, tout comme la divinité ne s’est pas retirée du Corps du Seigneur durant les trois jours de sa mise au tombeau, de la même manière elles aussi n’ont rien perdu de leur force sanctificatrice ». ( Saint Grégoire Palamas ).

Le 30 mai passé, nous étions quelques-uns (*) à procéder à la translation des reliques de nos saints néo-martyrs Nicolas et Michel en l’Eglise de la Dormition de la Mère de Dieu de Tartu. Cette procédure fut rendue nécessaire du fait des travaux de rénovation du plancher, sous lequel ils reposaient. Leurs saints tombeaux furent donc ouverts. Après avoir été lavés et habillés de nouveaux ornements liturgiques comme il se doit, nos vénérables Saints, pieusement conservés à Tartu depuis 1919, furent déposés dans des nouvelles châsses avant d’être présentés à la vénération des fidèles au cours de la Divine Liturgie qui fut célébrée en leur honneur le lendemain matin.

Ah, l’instant béni qui nous fit si fortement pressentir, au milieu de nous, leur présence personnelle sanctifiée !

Tout naturellement je vous propose donc de nous arrêter un instant sur le sens même du mystère de ces reliques, si difficile à saisir pour les hommes d’aujourd’hui.

Nous savons bien tous que les premiers témoins oculaires de Jésus ressuscité furent les Apôtres. La venue de l’Esprit Saint à la Pentecôte achèvera de leur donner la conscience de leur mission et la force de l’accomplir. C’est ainsi qu’ils iront annoncer, partout où cela leur sera possible, la victoire totale du Christ sur l’enfer et sur la mort. « Qui accueille celui que j’ai envoyé, dit le Seigneur, m’accueille, et qui m’accueille, accueille celui qui m’a envoyé » ( Jean 23/20 ). « Comme le Père m’a envoyé, je vous envoie aussi » ( Jean 20/21 ). « Et voici, je suis avec vous, tous les jours jusqu’à la fin du monde » ( Matthieu 28/18 ).

Et non seulement ils annoncent l’irruption irrésistible de la Vie divine et du souffle vivifiant de l’Esprit Saint dans tout l’univers – c’est là leur véritable mission - mais ils la communiquent, en présidant à l’Eucharistie et en établissant, dans les communautés qu’ils fondent, ceux qu’on appellera bientôt les évêques. Et les évêques, à leur tour, proclameront ce même message apostolique et témoigneront du réalisme de l’Eucharistie.

Toutefois, ne l’oublions pas, c’est l’Eglise toute entière qui est apostolique puisque c’est l’Eglise toute entière qui contemple, proclame et offre à tous les hommes la résurrection de son Seigneur. C’est pourquoi, à côté de la « succession apostolique » des évêques et grâce à elle, surgiront aussi, de génération en génération, ceux que notre Eglise nomme « les hommes apostoliques ». Ce sont des spirituels qui voient le Christ ressuscité, sont consciemment remplis de sa présence et donc peuvent porter le témoignage de l’expérience de leur vécu.

Or, les premiers et les plus grands de ces « hommes apostoliques » sont les martyrs.

Le martyre constituait, dans l’Eglise primitive, non seulement la première forme de sainteté, mais la plus haute expérience mystique, une expérience proprement chrétienne. Souvenons-nous, par exemple, de Saint-Etienne, le « proto-martyr », qui vit les cieux ouverts et le Christ éblouissant dans la gloire du Père ( Actes 7/55-56 ).

Saint Nicolas et Michel, martyrisés à Tartu en même temps que l’Evêque Platon, ont été, comme ce fut déjà le cas pour les apôtres, « mis au dernier rang des hommes comme des condamnés à mort » ( 1 Cor.4/9 ). De cette manière, ils se sont, par leur humble confiance envers Dieu, assimilés au Christ agonisant mais déjà vainqueur de la souffrance et de la mort. Ils se sont réellement « incorporés » au divin Ressuscité.

Dans nos livres liturgiques et les écrits de nos grands spirituels, il est dit des martyrs que, souffrant avec le Christ, ils sont enivrés avec le sang qui a coulé de son côté sur la Croix et ils se sont laissés consumer par le feu du Saint-Esprit . Et Nicolas Cabasilas, en commentant le caractère sacramentel du martyre, explique que rien n’est en corrélation plus étroite avec l’eucharistie que les reliques des martyrs. « C’est pourquoi, écrit-il, l’évêque lui-même scelle ces reliques dans le corps de l’autel lors de la consécration d’une église ».

C’est donc à juste titre que Saint Grégoire Palamas nous dit que les reliques des martyrs ne perdent rien de leur force sanctifiante. Car si leurs âmes se trouvent désormais sous l’autel de la liturgie céleste ( Apocalypse ch.7 et 8 ), leurs corps conservent aussi intégralement la grâce qui résulte de l’intimité de leur relation avec le Christ ( Galates 3/27 ) et qu’ils ont maintenu intègre et sans reproche jusqu’à leur mort ( 1 Thess. 5/23 ).

Ecoutons ce que nous dit à ce sujet Saint Syméon le Nouveau Théologien : « l’âme qui a été reconnue digne de devenir participante à la grâce divine, parce qu’elle a été sanctifiée, sanctifie nécessairement aussi tout le corps puisque c’est elle qui maintient dans son intégrité tous les membres de ce corps. Pour cette raison, la grâce du Saint-Esprit , en prenant possession de l’âme, prend aussi possession du corps ». Cela est vrai, autant du vivant du martyr qu’après sa mort, et ce malgré la séparation de l’âme et du corps jusqu’au jour de Second Avènement du Seigneur. Pour cette raison les ossements et les reliques des martyrs continuent à opérer des guérisons tout en manifestant aux hommes l’énergie de Dieu en ses miracles.

Au-delà de toute considération, de tout scepticisme et même de toute ironie à leur égard, il n’en est pas moins vrai que les reliques nous renvoient toujours à la foi et à l’espérance. C’est là l’essentiel et c’est cela que retient d’abord l’Eglise Orthodoxe chaque fois qu’ Elle les vénère : la foi dans le Christ ressuscité qui nous ressuscite et l’espérance dans la venue du Royaume où pas une parcelle de vraie vie ne sera perdue.

Les reliques qui seront désormais exposées à Tartu en l’Eglise de la Dormition de la Mère de Dieu nous rappelleront sans équivoque aucune la protection et l’intercession permanentes pour nous tous de nos saints néo-martyrs Nicolas et Michel.

Comment conclure, sinon en leur demandant de prier pour nous, de nous entraîner dans la grande communion de tous les Saints, dans ce grand fleuve de vie qui baigne dans la lumière du Christ, Lui le « seul Saint ».

+STEPHANOS, Métropolite de Tallinn et de toute l’Estonie

(*) Outre le Métropolite, ont pris part à la translation des reliques les membres du clergé suivant : Higoumène Archimandrite Sergeï de Valamo, les RR PP Rafael Hinrikus, Ardalion et Johannes Keskküla, Afrat Laas, Gennadi Kruzkov, Rostislav Kozakevits et l’Archidiacre Justinus.

photos de la ranslation des reliques des saints Nicolas et Michel

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