EGLISE ORTHODOXE D'ESTONIE

Chapitre

Estonie

 
Messages
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
DISCOURS du Métropolite STEPHANOS
lors de l’Assemblée Générale de l’EAÖK

( Tallinn, le 14 juin 2006 )


Très chers Frères en Christ, prêtres et diacres de notre Eglise
Représentants très aimés et très considérés de nos congrégations paroissiales,

Je vous salue toutes et tous avec grande joie ; je vous remercie d’avoir répondu si chaleureusement à notre invitation à cette nouvelle Assemblée Générale, laquelle coïncide cette année avec le 10e anniversaire de la réactivation du Tomos de notre Autonomie par le Saint Trône Œcuménique de Constantinople.

Le 24 février 1996, jour de notre Fête Nationale, le Métropolite Joachim de Chalcédoine, entouré de leurs Eminences l’Archevêque Jean de Finlande et les Métropolites Meliton de Philadelphia et Pantéléimon de Tiroloïs et Sereontios, donnait lecture en ce lieu même, de la lettre patriarcale et synodale qui faisait renaître notre Eglise. Aujourd’hui, dix ans après, nous voici réunis autour de notre Saint Patron et Protecteur l’Evêque Martyr Platon pour dire que, depuis, tous autant que nous sommes, avons essayé de donner le meilleur de nous-mêmes pour un avenir durable et stable de nos Institutions Ecclésiastiques dans le respect et la pérennité de l’héritage de nos Pères, de tous ceux qui, sur cette Terre bénie d’Estonie, ont témoigné de notre Foi Orthodoxe jusqu’au dernier souffle de leur existence terrestre. A eux tous, mémoire éternelle ! Quant à nous, puissions-nous un jour être jugés dignes de tous les sacrifices qu’ils ont consentis pour nous et nos enfants.

Une Assemblée Générale est toujours un évènement et un jugement. Un évènement parce qu’elle rassemble tous les membres de la grande famille spirituelle que nous sommes dans un même élan en vue d’un engagement commun et solidaire. Un jugement parce qu’elle reproduit à un moment précis l’image de ce que nous sommes réellement par rapport à nous-mêmes et vis-à-vis de la société.

J’admire toujours la capacité de survie de notre peuple et de préservation de son identité tout au long de sa grande et par moments tragique Histoire. Je suis convaincu que l’Estonie, notre petite Estonie, est en mesure de se forger un solide avenir pourvu qu’Elle veille à ne pas aliéner ses valeurs fondamentales, spirituelles et morales. Dans cette perspective, notre Eglise a un rôle particulier à jouer partout où sa présence est utile et nécessaire : dans le domaine de l’éducation, de l’action sociale, de l’art en général pour ne citer que ces exemples. Encore faut-il qu’Elle fasse l’effort de témoigner là même où Dieu l’a mise aujourd’hui, au cœur même de la modernité et ce d’une manière créatrice, par des attitudes de communion authentique avec l’ensemble du peuple estonien mais sans triomphalisme ni prétention autre que celle de servir pleinement le Christ avec persévérance, désintéressement et humilité.

Tant d’hommes et de femmes traversent nos vies, fût-ce un bref instant et malgré tout pour chacun d’eux, vivre et mourir ont un sens. Passé, présent et futur ont aussi un sens. Il y a donc toujours place pour un témoignage d’espérance, pour un témoignage de la dure et exigeante tendresse pour chacun. Nous oublions trop souvent hélas que même l’homme le plus déchu restera toujours et malgré lui l’enfant de Dieu qui mérite un respect inconditionnel, plus encore lorsqu’il ne partage pas notre propre vision du monde, des choses et du temps. C’est à nous, Eglise, qu’il revient de dire cela.

Mais voyez-vous, et c’est là pour moi un immense chagrin, nous n’aimons pas assez Dieu pour le mettre au centre de notre existence et de celle de notre Eglise. Notre vie quotidienne est atomisée, fragmentée, compartimentée. Que ce soit au travail, en famille ou à l’église, nous sommes trop souvent devenus des êtres dispersés, fatigués, exténués, trop occupés par toutes sortes de préoccupations matérielles pour apprécier ou même accepter l’aspect profondément spirituel de tout ce que nous donne l’existence. Il n’y a plus de silence dans notre cœur pour que nous puissions entendre la voix de Dieu, trop souvent obscurcie par le bruit ambiant et toutes les sollicitations qui nous tiraillent de toutes parts.

« Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu », nous dit Jésus. L’ironie et le défi de cette parole est que tout est à Dieu, tout lui appartient. A commencer par la vie humaine, les hommes et les femmes, tous créés à l’image de Dieu. Au jugement dernier, Jésus ne nous demandera pas ce que nous avons accompli sur le plan purement professionnel ; il ne nous demandera pas quel a été le montant de nos revenus, le nombre de livres que nous avons publié ou bien le nombre de paires de chaussures que nous avons vendues. Il demandera plutôt ce que nous avons accompli sous formes d’actes de charité, de gestes d’amour envers les plus petits et les plus démunis. Surtout Jésus demandera quel Dieu nous avons adoré : l’idole de l’ambition et de la réussite selon les critères de ce monde ou bien le Dieu Père, le Dieu de compassion, plein de tendresse envers tous ceux qui cherchent avant tout les vertus des béatitudes, la miséricorde, la pureté du cœur, la paix ? ( cf. P.Jean BRECK : INTERIORISER L’ECRITURE SAINTE in SOP N° 225/février 1998).

Alors, au moment où nous achevons cette décennie et à l’aube de la prochaine, il me parait juste de me tourner vers vous pour vous dire : mes chers frères et sœurs, qu’avons-nous fait de l’Eglise du Christ pendant tout ce temps et qu’allons-nous faire d’Elle désormais ?

A la question « qu’avons-nous fait d’Elle et pour Elle », je laisse à chacun d’entre nous le soin de la juger, en commençant d’abord et surtout par soi-même.

A la question « qu’allons-nous faire à partir d’aujourd’hui », je répondrai d’une autre façon peut-être un peu brutale : si tout le reste, en dehors de notre priorité à Dieu, devient notre maîtresse, alors nous aurons tout simplement trahi notre vocation principale, qui est annonce d’une bonne nouvelle, celle du Seigneur ressuscité. Puisse notre Eglise ne jamais connaître une telle déchéance.

Dix années donc avec beaucoup de moments forts et de belles réussites. Avec aussi pas mal d’occasions manquées.

Le négatif d’abord. Notre plus grand faiblesse, c’est notre manque de rigueur, notre laisser-aller, qui nous fait tout le temps soupirer alors que Dieu ne cesse de transpirer pour nous permettre de garder la tête hors de l’eau. Mes amis, mes très chers amis, le temps des occupations militaires successives sur notre sol est terminé. Il est derrière nous. Il ne peut plus nous servir d’excuse ou d’alibi pour mieux masquer nos défections, volontaires ou involontaires, conscientes ou inconscientes. Nous ne pouvons pas toujours vivre avec les réflexes et les complexes d’une époque révolue. Il nous faut faire un réel effort pour surmonter cet handicap que nous traînons partout derrière nous comme une ombre car ce qui nous attend désormais exigera de nous tous un immense labeur.

Nos beaux statuts et notre bilan économique sain ne sont que des instruments pour mieux aller de l’avant. Mais ce n’est pas là l’essentiel. Il ne sera plus possible de transiger : ou nous serons des chrétiens orthodoxes totalement envahis par notre mission spirituelle et nous obtiendrons tout, ou simplement nous ne lui consacrerons qu’une infime mesure personnelle, le minimum pour simplement pouvoir justifier notre existence et un jour nous n’aurons plus assez de larmes à verser devant ce qui risquera d’être une très mauvaise surprise. Tant il est vrai que l’homme a besoin d’autre chose pour vivre : non pas seulement le pain matériel mais essentiellement le pain spirituel. Notre Eglise, si nous désirons vraiment qu’Elle progresse, ne pourra plus se contenter des miettes que notre médiocrité laisse tomber par trop souvent sous la table. L’heure est donc venue pour un engagement plus responsable. Je vous le dit tout net : j’emploierai désormais toutes mes forces pour y parvenir.

Pour être plus précis, je vous dit ceci :

- d’abord à vous, mes frères prêtres et diacres : le sacerdoce est un fardeau trop lourd pour que nous l’assumions tout seuls. Nous ne pouvons pas tout savoir sur tous les sujets, ni imposer notre autorité dans les domaines où nous ne sommes pas compétents, ni nous laisser griser par le succès car alors nous ne pourrons plus jauger avec réalisme les difficultés à venir, ni nous sentir coupables lorsque nous ne contrôlons pas tout, ni montrer de la mauvaise grâce à développer les talents des autres. Et si nous n’avons personne dans nos paroisses pour prendre des responsabilités, c’est d’abord à nous de changer notre manière d’agir. De même, préservons la santé et l’intégrité aussi bien de notre corps que de notre esprit afin d’être physiquement et spirituellement aptes à réaliser du mieux de nos capacités la mission que le Saint Esprit nous a confiée.

- ensuite à vous, mes chers délégués de nos conseils paroissiaux : soyez disposés de bien seconder votre clergé en devenant une véritable équipe qui marchera avec lui vers un même but et dans une même direction car c’est seulement ainsi que vous apporterez plus de puissance et plus d’impact pour accomplir l’œuvre de Dieu. Travaillez dans l’unité et acceptez vos différences afin que votre travail d’équipe soit un travail perpétuel de recherche de la perfection, de discipline, d’amour et de persévérance. C’est alors et alors seulement que Dieu bénira votre engagement -.

- et enfin, cessons tous - clercs et laïcs - d’être des pleurnicheurs et prenons la
ferme résolution de devenir d’authentiques créateurs au service de l’Evangile du Christ. Et alors tout deviendra possible !

Mais aussi le positif. La plus grande qualité, c’est votre inébranlable fidélité. C’est elle qui nous a permis de refaire surface. C’est elle qui nous a redonné confiance. C’est grâce à elle que nous avons pu réactualiser nos statuts et amener une stabilité matérielle à la vie de notre Eglise. Je vous félicite tous et j’en retire une immense fierté. Je vais vous faire une confidence car tout le mérite vous en revient. Lors de mon voyage au Panama et au Mexique en février dernier, au cours duquel j’ai eu l’honneur d’être dans la suite de Sa Sainteté notre Patriarche Œcuménique Bartholomée, nous nous sommes arrêtés pour une nuit à New York. Son Eminence l’Archevêque d’Amérique Dimitrios s’est beaucoup intéressé à l’organisation de la vie interne de notre Eglise et à la manière dont nous tentions de surmonter nos problèmes matériels. A un moment donné il m’a dit : « ce qui se passe en Estonie au sein de l’EAÕK est un modèle pour toute l’Orthodoxie. Il faudrait que cela se sache partout ! » Cet hommage vous revient à vous tous sans exception et, permettez-moi d’ajouter, tout spécialement à l’actuelle équipe de notre Conseil d’Administration, auquel j’ai plaisir de rendre un vibrant hommage.

Je n’ai plus de raison de m’étendre d’avantage puisque je laisse le soin à mes collaborateurs de vous présenter le bilan de nos activités. D’autant que mon compte-rendu de l’Assemblée Générale de 2005 reste toujours valable. Relisez-le attentivement, à tête reposée. Je suis sûr que vous en tirerez un excellent profit.

C’est pourquoi, il me semble plus judicieux de terminer mon propos par ces lignes que déjà mon prédécesseur le Métropolite Alexandre avait écrites le 23 septembre 1923. Elles sont d’une brûlante actualité et résument à merveille toute ma pensée d’aujourd’hui.

Voici ce qu’il dit : Si nous songeons à tous les obstacles et toutes les difficultés que nous avons eu à affronter avant de parvenir à la décision de nous adresser au Patriarcat Œcuménique, nous devons reconnaître qu’elle fut providentielle. Gloire à Dieu, qui nous a dirigé au travers de tout ceci et nous a permis d’administrer et d’organiser la vie de notre Eglise conformément aux traditions orthodoxes et de la façon la plus adéquate à la spiritualité du peuple estonien. C’est la miséricorde de Dieu qui a donné à notre Eglise un toit qui la protège des tempêtes.

Cependant, chers enfants, chers frères, beaucoup reste encore à faire au sein de notre Eglise et notre vie ne suffira sans doute pas pour remplir cette tâche ….Le champ du Seigneur a été remis entre nos mains. Cultivons-le afin qu’il donne des fruits pour notre Père divin. Il nous a remis cette œuvre et le travail ne peut attendre.

Chers amis, je vous convie tous à un labeur dur et désintéressé en l’honneur de Notre Seigneur, tous et chacun d’entre vous, dans sa congrégation, dans son travail, dans sa vie. Que ni les obstacles, ni le déchaînement des vagues dans l’océan de la vie ne nous découragent. Sans doute cette traversée paraîtra-t-elle parfois difficile, mais n’ayons jamais crainte, notre Capitaine dirige le navire !

Quand nous livrons bataille, Il nous contemple de son regard miséricordieux ; Il donne la force à nos mains affaiblies et soutient nos genoux tremblants. Jamais Il ne soufflera une bougie dont le feu couve encore, ni ne brisera un jonc piétiné.

Que la miséricorde de Dieu nous unisse dans la prière, nous, les enfants de l’Eglise Orthodoxe d’Estonie…et que l’Esprit Saint nous inspire, en cette commune action de grâce, une force et un courage neufs, afin de préserver et de faire fructifier le fruit de la spiritualité, comme il convient à des chrétiens responsables.

Cher Dieu, regarde nous et protège le champ de vigne que ta main droite a planté. Amen !

Puisse-t-il en être ainsi, pour chacun d’entre nous et pour le meilleur de notre Eglise ! En vous remerciant de votre bienveillante attention, je vous bénis tous, très paternellement.


Assemblée Générale de l’EAÕK,
Tallinn, le 14 juin 2006

Retour au sommaire


RESSOURCES
Archives du site
Liens du Web
 
CHAPITRES
Eglise d'Estonie
 
VERSIONS
Anglaise