ASSEMBLEE
GENERALE DU 16 JUIN 2005
RAPPORT MORAL
Très
chers Frères en Christ, prêtres et diacres,
Très aimés Délégués de nos Paroisses,
Je vous salue très affectueusement et je vous remercie d’avoir,
une fois encore, répondu à notre invitation. Une Assemblée Générale
ne donne pas seulement l’occasion de rendre compte du travail
effectué tout au long de l’année par l’équipe administrative
de notre Eglise. Elle est avant tout l’occasion de nous retrouver
dans la joie fraternelle, d’aborder les perspectives d’avenir
et de revivre pendant quelques heures cette unique et merveilleuse
réalité que tous ensemble nous formons un corps unique autour
de Notre-Seigneur et Sauveur Jésus-Christ dont nous sommes les
membres.
Le
travail de cette année écoulée, de juin 2004 à juin 2005, a
été fructueux et pour une fois plein de promesses quant à la
stabilité de notre Institution au moins sur deux points : nos
nouveaux statuts ont été dans l’ensemble bien intégrés dans
la vie de notre Eglise et de nos paroisses et notre bilan économique
semble maintenant s’ouvrir, quant à l’avenir, sur des bases
sécuritaires satisfaisantes. Ce sont là d’une part les conséquences
visibles de votre bonne volonté, qui rendent crédibles le bon
fonctionnement de nos institutions et d’autre part les effets
de l’action systématique et bien coordonnée des membres de notre
Kirikuvalitsus, lesquels n’ont ménagé aucun effort pour exploiter
en vue du meilleur les possibilités économiques qui sont les
nôtres. Le résultat est là, enfin positif et si nous continuons
à maintenir ce rythme nous serons à même, fin 2006, de garantir
à notre Eglise un avenir financier durable et serein.
Au
cours de la journée, mes différents collaborateurs vous développeront
de façon plus approfondie les divers aspects du bilan qui sera
soumis à votre approbation. Je suis pour ma part convaincu que
vous aurez à cœur de leur manifester autant vos encouragements
que votre satisfaction car ils le méritent amplement.
Pour
ma part, je désire m’arrêter plus longuement sur cinq points
: les relations pan-orthodoxes et œcuméniques, la vie paroissiale
et la part qui vous revient, la jeunesse, l’éducation religieuse
et enfin l’action sociale.
A. RELATIONS PAN-ORTHODOXES ET
OECUMENIQUES.
Le
fait que notre Eglise jouisse d’un statut d’autonomie implique
pour nous de développer et d’entretenir diverses relations aussi
bien avec les Eglises Orthodoxes répandues de par le monde qu’avec
les autres Confessions chrétiennes .
Sur
le plan pan-orthodoxe, nous subissons encore les effets négatifs
des interventions contre nous du Patriarcat de Moscou. Malgré
cela il ressort que l’ensemble des Eglises orthodoxes nous regarde
avec considération. Notre Eglise a été officiellement invitée
et représentée à l’intronisation du nouveau Patriarche d’Alexandrie
par le Rév.Père Rafael Hinrikus ; j’ai moi-même été présent
à Constantinople pour les festivités organisées en l’honneur
du retour des reliques des Saints Jean Chrysostome et Grégoire
le Théologien et j’ai pris part à la concélébration, présidée
par S.S.le Patriarche Œcuménique Bartholomée, entouré de toutes
les délégations orthodoxes présentes. Malgré les protestations
du Patriarcat de Moscou concernant notre présence, aussi bien
à Alexandrie qu’à Constantinople, aucune Eglise Orthodoxe n’a
mis en cause notre présence en ces lieux. Bien au contraire.
De même, ces derniers mois, des liens de plus en plus chaleureux,
en plus de ceux qui sont constants et permanents avec l’Eglise
de Finlande, sont en train de se développer avec les Eglises
de Grèce et de Chypre. Cela prends du temps et demande de la
persévérance et une grande patience tout comme je relève avec
satisfaction que Sa Béatitude le Patriarche de Moscou Alexis,
à titre personnel, répond à mes vœux de Noël et de Pâques. Je
vois là un signe encourageant qui nous incite à continuer à
garder envers nos frères russes la même attitude ouverte et
fraternelle dans l’espoir et l’attente de jours meilleurs, tout
en restant fermes sur les droits qui sont les nôtres tant sur
le plan ecclésiastique pan-orthodoxe que sur ce qui nous revient
en propre dans notre propre Pays .
Nous
sommes aussi membres à part entière dans les commissions pan-orthodoxes
pour le dialogue avec les Luthériens, les Anglicans et maintenant
avec l’Eglise Catholique-romaine. Nous faisons aussi partie
de la commission liturgique pan-orthodoxe, laquelle jusqu’à
ce jour n’a malheureusement pas encore été réunie. De même nous
avons déjà participé par deux fois à des rencontres pan-orthodoxes
organisées par l’Eglise de Grèce concernant les hérésies actuelles
et les autres groupes para-ecclésiaux .
Il
est inutile d’en dire plus. Chacun ici peut mesurer l’importance
de notre engagement et la part d’investissement spirituel et
théologique que cela représente pour nous. Le fait que nous
arrivons à répondre de façon régulière aux convocations qui
nous sont adressées montre bien que nous pouvons être capables
de tenir notre place au sein du monde orthodoxe et que notre
contribution est bien appréciée. Je remercie nos représentants
qui font ce si bon travail, spécialement le Père Mattias Palli,
toujours prompt à assumer ces missions si particulières et si
délicates.
Notre
Eglise se doit aussi d’être attentive au problème œcuménique.
Ne fût-ce que par son engagement dans l’EKN. Par ailleurs, Elle
prend aussi une part active dans les rencontres oecuméniques
qui sont régulièrement programmées par la Conférence luthérienne
de Theobald à Visby en Suède. Et depuis l’année passée Elle
participe aux rencontres internationales et interconfessionnelles
des Religieux et des Religieuses, qui regroupent surtout les
grands mouvements monastiques d’Europe ( Catholiques, Orthodoxes
et même ici ou là Réformés ).
Les
efforts vers l’unité des chrétiens doivent être considérées
comme un authentique événement spirituel. C’est un dialogue
constant qui implique la volonté des chrétiens, malgré les difficultés
car seul ce dialogue permet de pouvoir résoudre les interrogations
qui existent entre les différentes confessions chrétiennes.
Nous avons besoin de discuter en profondeur ces problèmes. L’œcuménisme
n’est possible que par un effort de tous les chrétiens, quelle
que soit leur appartenance, de se recentrer sur le mystère du
Christ. Cela malgré les obstacles doctrinaux et malgré les conditionnements
et les difficultés historiques. Nous savons bien qu’il y a des
failles dans nos relations inter-chrétiennes mais l’Evangile
nous commande de tout faire pour que tous les chrétiens engagent
une authentique marche vers une vraie communion des Eglises.
Et
encore : face à un monde qui souffre toutes formes de divisions
et de déséquilibres, face au nombreux défis que nous devons
affronter ensemble en Estonie pour contribuer au bien d’une
société de plus en éloignée de Dieu, de plus en plus livrée
au matérialisme, veillons à ce que tout se fasse entre les chrétiens
dans la charité ( 1 Cor 16,13-14 ) ; à ce que nous, les chrétiens,
puissions au moins vivre entre nous en paix et en harmonie.
Dans cette perspective et selon nos possibilités, je désire
que notre action au sein de l’EKN devienne plus concrète et
que notre contribution soit plus active.
Notre
équipe au sein de l’EKN est surtout composée du Père Mattias
Palli et de Mme Sirje Säär. Ainsi, au sein de cette Assemblée
comprenant exclusivement des hommes, une femme orthodoxe est,
avec un de nos prêtres, notre porte-parole et rien que cela
est déjà un signe particulièrement fort qui rappelle que, dans
notre Eglise, toute personne baptisée est appelée sans discrimination
d’âge ou de sexe à témoigner du Christ selon ses moyens et ses
dons propres.
B.
LA VIE PAROISSIALE
Le
cœur même de la vie paroissiale, c’est bien entendu la célébration
de l’Eucharistie.
«
Dans la communion eucharistique, disait un grand maître spirituel
orthodoxe roumain du siècle dernier, nous recevons la force
de l’amour du Christ qui porte la Croix ; nous recevons à la
fois la force de la Croix et de la Résurrection. De plus et
surtout, nous recevons la force spirituelle de vivre chrétiennement
en dépit des difficultés ou à travers elles ».
«
L’eucharistie n’est pas seulement pardon, elle est aussi force
spirituelle qui nous inspire, nous donne du courage et nous
évite de tomber dans le désespoir ». C’est pourquoi, il faut
veiller à prendre toujours plus soin de la qualité de nos célébrations
eucharistiques .
Spécialement
les eucharisties célébrées le dimanche, qui est le Jour du Seigneur,
doivent être le point de départ qui donnera une pleine signification
aux événements et aux activités de tous les jours de la semaine
qui suivra.
Je
serais injuste de dire que dans notre Eglise on ne célèbre pas
dignement la Divine Liturgie. De cela, je rends hommage sans
distinction aucune à l’ensemble de notre clergé, malgré l’inégalité
du rythme des célébrations liturgiques selon les régions. Je
leur rends hommage avec d’autant plus d’empressement que je
sais, mieux que quiconque, combien il est difficile de rester
fidèle à sa vocation sacerdotale en ces temps de sécularisation
intense, de vide de religiosité qui se veut absence de Dieu.
Pourtant,
au-delà de la baisse de la pratique qui est aujourd’hui le fait
de toutes les Eglises, il s’agit de comprendre ce que le Seigneur
veut nous dire.
Ce
qui est frappant dans notre société, c’est l’ampleur de cette
indifférence envers le mystère des choses, de la vie, de l’amour…
Je
me tourne vers vous tous, prêtres et responsables des paroisses
et j’ose vous demander très simplement en me posant d’abord
à moi-même ces mêmes questions : est-ce que nos communautés
paroissiales sont des communautés fraternelles vers lesquelles
l’homme de la rue souhaite se diriger ? Comment vivons-nous
le mystère de la vie chrétienne dans cette dimension fraternelle
? Est-ce qu’on est chrétien une heure par semaine ou toutes
les heures de sa vie ? Car, est-il écrit dans Matthieu (4/4
), ce n’est pas de pain seul que vivra l’homme, mais de toute
parole qui sort de la bouche de Dieu !
Et
si le monde est en désordre, n’est-ce pas après tout parce que
notre propre cœur est en désordre, parce que l’amour qui indiquerait
le chemin vers la justice lui fait défaut ? Tout cela ne peut
pas croître sans Dieu ni sans la nourriture fondamentale de
sa Parole qui est l’Evangile.
Sans
liturgie eucharistique, il n’y a pas de vie paroissiale, car
elle est le ciment qui tient unis les uns aux autres chacun
des membres de la communauté. Un chrétien , qui se contente
de prier seul à la maison, qui ne pratique pas régulièrement
et qui de fait n’est rattaché à aucune communauté, n’est pas
un véritable chrétien ; le mystère de l’Eglise ne se vit pleinement
que dans la communauté.
De
même, reconnaissons-le franchement, bon nombre de nos fidèles
sont à l’image de l’homme sécularisée d’aujourd’hui, qui n’est
pas forcément athée. « Simplement, tout comme lui, ils ne saisissent
pas la présence de Dieu dans le monde ni dans leur vie personnelle
; ils ne construisent pas de relation personnelle avec Lui.
Cela a nécessairement des incidences dans la pratique de leur
foi : une pratique largement individualiste, autosuffisante,
perçue surtout comme une affaire privée et si peu communautaire
».
Mais
une liturgie paroissiale qui ne débouche pas sur le service
de la charité ne peut pas être enracinée dans une authentique
vie spirituelle. « Si la spiritualité ne s’incarne pas dans
le service de l’autre, qui est notre frère, elle ne peut devenir
que piétiste, ritualiste, une façade de l’institution ecclésiastique.
Et inversement, l’œuvre sociale sans la liturgie finit par devenir
un simple humanisme autosuffisant ».
Voilà
le défi que nous devons désormais relever pour les années qui
viennent. Tous ensemble, prêtres et laïcs faisons de nos liturgies
le lieu où l’autre, le plus souvent perçu comme un étranger
dont il faut se méfier, sera enfin accueilli comme un authentique
frère, auquel on accordera toute son attention de la même manière
que le Christ nous accorde toute son attention et nous nourrit
en nous communiquant son propre Corps et son propre Sang.
C’est
pourquoi, j’étudierai très attentivement le rapport d’activités
semestriel que je demande désormais à notre clergé. Non pas
pour critiquer et encore moins pour sanctionner mais pour encourager
toutes les bonnes initiatives et les faire connaître aux autres.
« Dans un pays comme le nôtre, qui est passé par le communisme,
où l’humanisme était tout-à-fait inacceptable, il y a urgence
en effet à maintenir ensemble le spirituel et notre engagement
dans tous les domaines de la vie sociale » ; à maintenir ensemble
le spirituel et l’enseignement de la catéchèse allant dans ce
sens à tous les niveaux d’âges.
Il
y a un autre aspect qui mérite d’être souligné. En tant que
chrétiens nous sommes minoritaires dans la société estonienne.
Encore une fois, ici aussi il convient de prendre en considération
le message que Dieu nous envoie. Quelle est la volonté de Dieu
pour notre Eglise ? Peut-être le moment est-il venu pour nous
de prendre conscience de notre identité , de nous ressaisir
de manière plus responsable, d’affirmer notre vraie Foi Orthodoxe.
Le
fait d’être minoritaire ne peut en effet que provoquer une prise
de conscience de cette identité qui est la nôtre. Cela deviendra
possible surtout par la prière, par l’étude, par le renouveau
de notre manière de penser et d’être.
C’est
ce que j’attends tout particulièrement de l’organisation de
nos évêchés. Celui de Tartu s’est déjà réuni une première fois
et une autre réunion de travail est prévue à Räpina en septembre
prochain. Viendra ensuite le tour de celui de Pärnu peut-être
en automne prochain et au plus tard dès la fin de l’hiver 2006.
Je
me tourne tout naturellement vers nos prêtres et nos diacres
les moins âgés tout comme vers nos théologiens et nos étudiants
du Séminaire. Comme un bon père de famille que je m’efforce
d’être, je leur dis : que faites-vous de vos temps libres ;
comment approfondissez-vous le sens de votre mission ; vous
donnez-vous assez de peine pour acquérir des connaissances nouvelles
; êtes-vous disposés à sacrifier votre bien-être pour répondre
aux attentes de l’Eglise vous concernant ?
Je
ne veux pas de réponse. Simplement je pose la question. En toute
confiance, sans porter de jugement.
Mais
je rappelle à tous que le sacerdoce est à la fois témoignage
et martyre. Si la vie du Christ passe par la Croix, telle aussi
est celle de l’Eglise et des membres du clergé et, j’ajoute,
de chaque chrétien quel qu’il soit. C’est bien là le sens de
notre baptême à tous : un envoi dans le monde pour témoigner,
au besoin jusqu’au martyre, que l’amour est plus fort que la
mort, que seul l’amour peut pardonner même l’ennemi, que lui
seul ne se venge pas. A cause de la Croix et de la Résurrection
du Christ.
Qu’on
se dise donc cela une bonne fois pour toutes, pour qu’à l’avenir
il n’y ait plus de malentendus entre nous et pour que chacun
d’entre vous ici présent, clerc ou laïc, puisse me regarder
droit dans les yeux sans rougir et qu’il en soit de même pour
moi aussi à votre égard. Pour qu’ensemble, tel un seul Corps,
nous puissions regarder le Christ droit dans les yeux sans ressentir
de honte ni nous laisser saisir par toutes sortes de reproches.
C’est seulement ainsi que nous construirons durablement en terre
d’Estonie. En nous efforçant de faire de notre Eglise une Eglise
de la rencontre et du partage, le lieu où chacun recevra, s’il
le veut, le meilleur de nous-mêmes pour qu’à son tour il devienne
visage d’Evangile, visage du Christ.
Oui,
qu’on se le dise, une bonne fois pour toutes !
C.
LA JEUNESSE
Nous
sommes dans une société où, parmi les plus jeunes générations,
beaucoup sont complètement ignorants du message évangélique.
Ils ne sont pas nécessairement hostiles ni mal intentionnés
: ils sont tout simplement ignorants. Si l’on veut qu’ils puissent
exercer leur liberté et avoir la possibilité de se situer par
rapport au message du Christ, il faut bien qu’on le leur propose.
Et pour le leur proposer, il faut bien créer quelques événements
qui attirent leur attention, comme ce fut par exemple le cas
de la rencontre organisée fin octobre 2004 en Estonie par Syndesmos,
la Fédération mondiale de la Jeunesse Orthodoxe et bien soutenue
par notre Noorte Liit ou encore les échanges que nous ne cessons
de poursuivre ou de développer avec les Jeunes de Finlande ou
de Pologne. Je pense qu’il vous en sera dit davantage tout-à-l’heure
au cours de l’intervention du Père Alexandre Sarapik.
Pour
ma part, je n’ai jamais douté des potentialités de développement
qu’offre la jeunesse. Encore faut-il mettre sans doute plus
de moyens pour la toucher et la convaincre. Notre avenir passe
par les Jeunes : il est évident que c’est bien les nouvelles
générations que nous devons à tout prix éveiller à l’Evangile.
Comment aborder les jeunes, avec quel langage ? C’est là toute
la difficulté.
Des
jeunes de tous âges, nous en avons : à Tallinn, à Tartu, à Pärnu,
à Värska, à Kihnu, à Räpina, à Võru, à Obinitsa pour ne nommer
que ces quelques cas parmi d’autres que j’aurais pu vous citer
de même. Et à l’occasion des arbres de Noël de décembre passé,
près de 250 enfants de moins de 12 ans ont été rassemblés à
Tallinn, Kihnu , Pärnu et Muhu. Et nous avons aussi un centre
de vacances à Karula qui pourrait se développer pour le meilleur.
Des
jeunes de tous âges, nous en avons. Il suffit de voir le nombre
de baptêmes célébrés depuis bientôt 10 ans. Leur chiffre doit
avoisiner les 2.500.
Ce
qui manque, dans nos Paroisses, c’est la volonté d’entreprendre
des initiatives qui leur soient spécifiques. La catéchèse est
pratiquement inexistante sur tout le territoire. Rien n’est
proposé pour les attirer et les quelques suggestions que fait
aux paroisses le secrétariat de notre Noorte Liit restent sans
réponse. Pourtant, c’est bien connu, quand les enfants et les
jeunes se familiarisent avec l’Eglise et s’y sentent bien, ils
deviennent de petits missionnaires dans leur propre famille
et ils poussent leurs propres parents à s’intéresser plus à
la religion.
Ce
n’est pas le moment ici de donner des recettes ni de proposer
des programmes.
Toutefois,
je peux rapidement vous avancer quelques propositions simples
et concrètes. Il est toujours possible d’envisager de temps
à autre des manifestations attrayantes pour regrouper nos enfants
et nos jeunes, comme par exemple organiser avec leur participation
active l’une ou l’autre petite fête ou un concours de dessins,
ou un festival de chants et de danses ou une excursion ou une
exposition de travaux manuels ou un petit journal. Je voudrais
signaler ici une initiative réussie à Pärnu où une liturgie
spécialement célébrée pour les enfants à l’occasion de la Fête
de la Nativité a rassemblé à l’Eglise près de 150 enfants de
4 à 12 ans, accompagnés de leurs parents. Bien sûr que cela
a demandé une certaine préparation mais le résultat aussi était
là.
Une
très grande préoccupation qui doit nous mobiliser tous, c’est
l’enseignement de la religion tant au niveau de la paroisse
qu’à l’école publique. Actuellement le Ministère de l’Education
Nationale a mis en place une plate-forme de formation culturo-religieuse
pour laquelle j’ai exposé mes réserves par écrit au mois de
janvier 2005 directement auprès du Ministre concerné. Je ne
veux pas en dire plus pour le moment parce que Mme Pille Valk,
qui est à la tête de la commission ministérielle responsable
de ce projet, doit me rencontrer le 30 septembre prochain. Si
je le juge utile, je vous ferai connaître officiellement ma
position et au besoin je demanderai votre soutien à tous pour
que vous interveniez auprès des parents de nos enfants, spécialement
là où notre implantation est la plus forte et la plus représentative.
Je vous rappelle aussi que si, dans les écoles publiques, il
existe un groupe de 15 enfants ou jeunes du même âge qui demandent
un cours de religion confessionnelle, il est possible d’accéder
à leur demande. Ne laissez pas passer cette occasion chaque
fois que le cas se présente, je vous en supplie instamment.
Mais
l’enseignement de la catéchèse est aussi, je l’ai déjà signalé
plus haut, plus que faible dans nos paroisses. A croire que
chez nous cela passe au second rang. Je vous rappelle votre
responsabilité directe dans ce domaine essentiel pour l’avenir.
Et ne me dites pas qu’il n’y a pas d’intérêt dans ce sens. Et
rien ne nous empêche d’organiser des stages de formation de
catéchètes et d’animateurs de tous genres, pourvu que vous nous
proposiez des candidats.
Rassemblons
plus de jeunes à notre camp de Karula. Ici aussi, rien ne nous
empêche de former des animateurs de camp afin de pouvoir accueillir
plus d’enfants et d’adolescents et de mieux les encadrer en
vue d’un séjour de vacances agréable et spirituellement positif.
Dans les grandes paroisses, créons des petites équipes de 4
ou 5 adolescents ou étudiants, qui travailleront avec le prêtre
local pour diverses animations, en coordination avec le Noorte
Liit . Rien ne nous empêche de réaliser ce genre de petites
structures pourvu que nous vous en ayez vraiment envie.
Tout
devient possible tant qu’il s’y trouve de la bonne volonté et
un désir sincère de sortir enfin de nos cadres de travail sclérosés
et vieillots, qui empêchent la Jeunesse de nous approcher et
de nous faire confiance. Prenons conscience que les enfants
et les jeunes du XXIe siècle ont besoin, comme leur aînés, d’être
respectés et guidés dans leur quête spirituelle. Sommes-nous
toujours bien conscients que c’est bien cela qu’ ils nous demandent
et qu’ils sont déçus chaque fois que nous ne répondons pas à
leurs attentes légitimes?
Je
vous le dis tout net : nos jeunes s’ennuient de la monotonie
chronique et du manque de joie et d’optimisme qui règne dans
nos communautés paroissiales. Et pour cette raison ils vont
chercher ailleurs, et souvent non pour le meilleur, ce que nous
ne leur offrons pas de bon cœur.
Si
donc, en quittant cette Assemblée Générale, vous rentrez chez
vous avec la conviction que quelque chose à ce propos peut se
faire chez vous et doit se faire, ce sera déjà un premier pas
important pour vous et pour vos prêtres et un début de grand
soulagement pour moi.
D.
L’EDUCATION RELIGIEUSE
Comment
faire pour évoquer la situation spirituelle de l’Europe et le
destin religieux de notre continent ? Va-t-on vers une déchristianisation
toujours plus forte ? Où est-ce qu’une nouvelle évangélisation
a ses chances aujourd’hui ?
A
cela s’ajoute un autre problème : celui des sectes de tous genres.
C’est un phénomène redoutable qui joue sur l’émotivité et crée
des religiosités nouvelles ; un phénomène d’autant plus redoutable
que les moyens et les arguments qu’elles emploient ne sont pas
toujours très loyaux.
Pour
faire face à cela, nous ne pouvons pas nous contenter de l’
à-peu-près. Nous avons besoin de former des gens compétents
qui avant tout, seront d’authentiques témoins du Christ, capables
de transmettre l’Evangile dans la vérité et la clarté et de
faire passer dans nos paroisses les richesses de notre spiritualité
et de notre vie liturgique et sacramentelle, telles que nous
les ont enseignées et continuent à nous les enseigner les Pères
de notre Eglise.
Relever
ce défi, cela veut dire passer par un renouveau de vie spirituelle
et par une bonne formation théologique. D’où l’importance de
notre Séminaire.
Le
Séminaire travaille maintenant depuis 3 ans. Il y a à ce jour
environ 37 élèves inscrits, dont le 1/3 d’entr’eux sont assidus
à tous les cours.
L’année
académique 2004-2005 a fonctionné, d’octobre à juin, sur deux
jours par mois à Tallinn avec 5 enseignants locaux et deux enseignants
invités ((un des Etats-Unis d’Amérique et un de Finlande). Et
en novembre 2004 nous avons signé un accord de coopération avec
l’Académie de Théologie de Tartu. Enfin, si tout se passe selon
nos plans, nous pourrons sans doute dès septembre prochain dispenser
aussi certaines heures de cours à la Faculté de Théologie de
l’Université de Tartu.
Actuellement,
trois des nôtres, le Père Meletios Ulm et le diacre Tikhon Tammes,
à Salonique en Grèce et Maria Kuusmik à Paris préparent des
diplômes de doctorat et deux des nôtres André Setsov et Thomas
Ott Ojaperv font de même à Tartu, tandis que Kristo Parts et
Antoine Kund sont eux aussi en train de terminer leur théologie
à Salonique. Nous espérons beaucoup d’eux.
Mais
dans l’immédiat, nous sommes en pourparlers avec le Ministère
de l’Education Nationale de Grèce pour faire venir aussi un
professeur de grande qualité et très expérimenté, le Rév.Archimandrite
Gregorios Papathomas afin qu’il nous aide et organise notre
Séminaire pour qu’il puisse se mettre vraiment au niveau des
autres Ecoles de Théologie. Il partagera son temps entre Tartu
et Tallinn.
Je
pense que pour cette fois les informations suffisent à vous
convaincre que nous voulons faire la maximum pour que notre
Eglise arrive à atteindre un niveau théologique digne d’Elle.
Et je ne doute pas de vos encouragements et de votre soutien
au regard des efforts actuellement déployés.
E.
L’ACTION SOCIALE
Enfin,
nous devons unir notre liturgie au service de la charité car
il est impératif que si nous voulons qu’elle soit complète,
elle se doit de rayonner aussi dans les œuvres de charité.
Chaque
liturgie que nous célébrons nous exhorte à ne pas oublier nos
frères les plus démunis, quels qu’ils soient et d’où qu’ils
soient. Certes, tout ce que nous pourrons faire ne sera toujours
qu’une goutte d’eau dans la mer. Qu’importe : le don que Dieu
nous donne, il nous faut à notre tour le transmettre au-delà
des murs de nos Eglises.
Je
sais bien que nous n’avons pas encore la capacité de faire amplement
face au problème de la pauvreté. Peut-être aussi qu’il nous
arrive d’imaginer que nous ne pouvons rien changer pour longtemps.
Mais avons-nous seulement penser combien cela peut blesser notre
sens de la justice, combien cela nous interpelle aussi sur la
tendresse humaine, qui ne sera jamais rien d’autre qu’un reflet
de la tendresse même de Dieu ?
Il est important donc que de façon réaliste et en fonction de
nos possibilités, nous trouvions un moyen pour cultiver la générosité
et réveiller nos consciences à la solidarité au lieu de mettre
nos mouchoirs dessus pour mieux les cacher.
J’ai
donc lancé en décembre passé l’idée d’une banque alimentaire,
avec le soutien de vous tous. L’idée étant qu’elle puisse faire
face durablement, toute l’année, à des besoins précis et ponctuels
d’aide aux plus démunis.
Tout-à-l’heure
le Père Ardalion vous en parlera de façon plus exhaustive. Mais
au vu des résultats encourageants que nous avons obtenus grâce
à votre aide et aussi aux résultats positifs de nos finances,
notre Kirikuvalitsus a déjà pris les résolutions suivantes :
-
dans chaque paroisse, à commencer par les plus importantes,
nous installerons une boite permanente de collecte d’argent
qui sera ouverte chaque trimestre et ce qui sera collecté ira
sur un compte bancaire spécial au profit des personnes défavorisées
; les prêtres des paroisses seront consultés régulièrement pour
voir comment répartir les dons qui y seront librement versés
;
-
le compte existant au nom de « toidupank » s’appellera à l’avenir
« abiallikas » de façon à permettre de financer, autant que
faire se peut, non seulement des initiatives contre la faim
mais aussi contre toutes formes de pauvreté.
Je
dois aussi ici mentionner l’excellent témoignage de notre Eglise
à la prison de Tartu grâce à la présence active et assidue du
Père Afrat et à l’aumônerie des Armées grâce au travail d’André
Setsov.
Je
suis convaincu que de cette manière nous aurons à cœur non seulement
de travailler dans des engagements humanitaires, aussi modestes
soient-ils mais aussi de tout faire pour les maintenir et peu
à peu les développer selon l’évolution de nos possibilités.
N’oublions
jamais non plus que lorsque notre Eglise s’est trouvée dans
le besoin, nos frères de Finlande n’ont pas hésité à nous offrir
leur soutien. A nous qui avons reçu gratuitement, l’heure est
venue de donner à notre tour gratuitement.
Mes
bien-aimés,
Mon
rapport moral a sans doute surpris plus d’un ici présent mais
j’ai osé le faire parce que je sais qu’aujourd’hui je peux enfin
m’adresser à un clergé et à des délégués des paroisses qui,
au fil des épreuves, ont spirituellement grandi et se sentent
pleinement responsables de la vie et de l’avenir de leur Eglise.
«
Intensifier notre vie spirituelle au sein de nos communautés
ecclésiales, intensifier notre vie spirituelle dans nos propres
familles, intensifier notre vie spirituelle dans la société,
intensifier notre travail avec la jeunesse, cela demande beaucoup
de courage, beaucoup de sagesse, sans fanatisme mais avec grande
fidélité ». Mais je n’ai plus peur pour notre avenir car je
vois bien que l’Esprit Saint travaille secrètement en chacun
de vous de manière créatrice. A vous de vous en convaincre afin
que vous deveniez capables de transmettre notre foi et la rendre
plus intense au sein de toute notre société.
Chers
Frères en Christ, prêtres et diacres,
Très considérés et particulièrement chers à mon cœur délégués,
Je
suis convaincu que vous êtes arrivés à un tel point de maturité
que vous pouvez entreprendre le meilleur pour notre Eglise,
encore si éprouvée et recevoir positivement avec patience, compréhension
et humilité les attentes de votre Métropolite, même si ici ou
là il vous place par moments trop haut la barre. Je me réjouis
de cela, je vous en félicite très chaleureusement et du plus
profond de mon cœur je vous dis un grand, un immense merci.
Rentrez
donc chez vous pleins de joie et d’espérance. Je vous bénis
toutes et tous très paternellement en Christ Seigneur et Sauveur.
Tallinn,le
16 juin 2005.
+
STEPHANOS,
Métropolite de Tallinn et de toute l’Estonie.

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