EGLISE ORTHODOXE D'ESTONIE

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Estonie

 
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ASSEMBLEE GENERALE DU 16 JUIN 2005
RAPPORT MORAL

 

Très chers Frères en Christ, prêtres et diacres,
Très aimés Délégués de nos Paroisses,


Je vous salue très affectueusement et je vous remercie d’avoir, une fois encore, répondu à notre invitation. Une Assemblée Générale ne donne pas seulement l’occasion de rendre compte du travail effectué tout au long de l’année par l’équipe administrative de notre Eglise. Elle est avant tout l’occasion de nous retrouver dans la joie fraternelle, d’aborder les perspectives d’avenir et de revivre pendant quelques heures cette unique et merveilleuse réalité que tous ensemble nous formons un corps unique autour de Notre-Seigneur et Sauveur Jésus-Christ dont nous sommes les membres.

Le travail de cette année écoulée, de juin 2004 à juin 2005, a été fructueux et pour une fois plein de promesses quant à la stabilité de notre Institution au moins sur deux points : nos nouveaux statuts ont été dans l’ensemble bien intégrés dans la vie de notre Eglise et de nos paroisses et notre bilan économique semble maintenant s’ouvrir, quant à l’avenir, sur des bases sécuritaires satisfaisantes. Ce sont là d’une part les conséquences visibles de votre bonne volonté, qui rendent crédibles le bon fonctionnement de nos institutions et d’autre part les effets de l’action systématique et bien coordonnée des membres de notre Kirikuvalitsus, lesquels n’ont ménagé aucun effort pour exploiter en vue du meilleur les possibilités économiques qui sont les nôtres. Le résultat est là, enfin positif et si nous continuons à maintenir ce rythme nous serons à même, fin 2006, de garantir à notre Eglise un avenir financier durable et serein.

Au cours de la journée, mes différents collaborateurs vous développeront de façon plus approfondie les divers aspects du bilan qui sera soumis à votre approbation. Je suis pour ma part convaincu que vous aurez à cœur de leur manifester autant vos encouragements que votre satisfaction car ils le méritent amplement.

Pour ma part, je désire m’arrêter plus longuement sur cinq points : les relations pan-orthodoxes et œcuméniques, la vie paroissiale et la part qui vous revient, la jeunesse, l’éducation religieuse et enfin l’action sociale.


A. RELATIONS PAN-ORTHODOXES ET OECUMENIQUES.

Le fait que notre Eglise jouisse d’un statut d’autonomie implique pour nous de développer et d’entretenir diverses relations aussi bien avec les Eglises Orthodoxes répandues de par le monde qu’avec les autres Confessions chrétiennes .

Sur le plan pan-orthodoxe, nous subissons encore les effets négatifs des interventions contre nous du Patriarcat de Moscou. Malgré cela il ressort que l’ensemble des Eglises orthodoxes nous regarde avec considération. Notre Eglise a été officiellement invitée et représentée à l’intronisation du nouveau Patriarche d’Alexandrie par le Rév.Père Rafael Hinrikus ; j’ai moi-même été présent à Constantinople pour les festivités organisées en l’honneur du retour des reliques des Saints Jean Chrysostome et Grégoire le Théologien et j’ai pris part à la concélébration, présidée par S.S.le Patriarche Œcuménique Bartholomée, entouré de toutes les délégations orthodoxes présentes. Malgré les protestations du Patriarcat de Moscou concernant notre présence, aussi bien à Alexandrie qu’à Constantinople, aucune Eglise Orthodoxe n’a mis en cause notre présence en ces lieux. Bien au contraire.

De même, ces derniers mois, des liens de plus en plus chaleureux, en plus de ceux qui sont constants et permanents avec l’Eglise de Finlande, sont en train de se développer avec les Eglises de Grèce et de Chypre. Cela prends du temps et demande de la persévérance et une grande patience tout comme je relève avec satisfaction que Sa Béatitude le Patriarche de Moscou Alexis, à titre personnel, répond à mes vœux de Noël et de Pâques. Je vois là un signe encourageant qui nous incite à continuer à garder envers nos frères russes la même attitude ouverte et fraternelle dans l’espoir et l’attente de jours meilleurs, tout en restant fermes sur les droits qui sont les nôtres tant sur le plan ecclésiastique pan-orthodoxe que sur ce qui nous revient en propre dans notre propre Pays .

Nous sommes aussi membres à part entière dans les commissions pan-orthodoxes pour le dialogue avec les Luthériens, les Anglicans et maintenant avec l’Eglise Catholique-romaine. Nous faisons aussi partie de la commission liturgique pan-orthodoxe, laquelle jusqu’à ce jour n’a malheureusement pas encore été réunie. De même nous avons déjà participé par deux fois à des rencontres pan-orthodoxes organisées par l’Eglise de Grèce concernant les hérésies actuelles et les autres groupes para-ecclésiaux .

Il est inutile d’en dire plus. Chacun ici peut mesurer l’importance de notre engagement et la part d’investissement spirituel et théologique que cela représente pour nous. Le fait que nous arrivons à répondre de façon régulière aux convocations qui nous sont adressées montre bien que nous pouvons être capables de tenir notre place au sein du monde orthodoxe et que notre contribution est bien appréciée. Je remercie nos représentants qui font ce si bon travail, spécialement le Père Mattias Palli, toujours prompt à assumer ces missions si particulières et si délicates.

Notre Eglise se doit aussi d’être attentive au problème œcuménique. Ne fût-ce que par son engagement dans l’EKN. Par ailleurs, Elle prend aussi une part active dans les rencontres oecuméniques qui sont régulièrement programmées par la Conférence luthérienne de Theobald à Visby en Suède. Et depuis l’année passée Elle participe aux rencontres internationales et interconfessionnelles des Religieux et des Religieuses, qui regroupent surtout les grands mouvements monastiques d’Europe ( Catholiques, Orthodoxes et même ici ou là Réformés ).

Les efforts vers l’unité des chrétiens doivent être considérées comme un authentique événement spirituel. C’est un dialogue constant qui implique la volonté des chrétiens, malgré les difficultés car seul ce dialogue permet de pouvoir résoudre les interrogations qui existent entre les différentes confessions chrétiennes. Nous avons besoin de discuter en profondeur ces problèmes. L’œcuménisme n’est possible que par un effort de tous les chrétiens, quelle que soit leur appartenance, de se recentrer sur le mystère du Christ. Cela malgré les obstacles doctrinaux et malgré les conditionnements et les difficultés historiques. Nous savons bien qu’il y a des failles dans nos relations inter-chrétiennes mais l’Evangile nous commande de tout faire pour que tous les chrétiens engagent une authentique marche vers une vraie communion des Eglises.

Et encore : face à un monde qui souffre toutes formes de divisions et de déséquilibres, face au nombreux défis que nous devons affronter ensemble en Estonie pour contribuer au bien d’une société de plus en éloignée de Dieu, de plus en plus livrée au matérialisme, veillons à ce que tout se fasse entre les chrétiens dans la charité ( 1 Cor 16,13-14 ) ; à ce que nous, les chrétiens, puissions au moins vivre entre nous en paix et en harmonie. Dans cette perspective et selon nos possibilités, je désire que notre action au sein de l’EKN devienne plus concrète et que notre contribution soit plus active.

Notre équipe au sein de l’EKN est surtout composée du Père Mattias Palli et de Mme Sirje Säär. Ainsi, au sein de cette Assemblée comprenant exclusivement des hommes, une femme orthodoxe est, avec un de nos prêtres, notre porte-parole et rien que cela est déjà un signe particulièrement fort qui rappelle que, dans notre Eglise, toute personne baptisée est appelée sans discrimination d’âge ou de sexe à témoigner du Christ selon ses moyens et ses dons propres.

B. LA VIE PAROISSIALE

Le cœur même de la vie paroissiale, c’est bien entendu la célébration de l’Eucharistie.

« Dans la communion eucharistique, disait un grand maître spirituel orthodoxe roumain du siècle dernier, nous recevons la force de l’amour du Christ qui porte la Croix ; nous recevons à la fois la force de la Croix et de la Résurrection. De plus et surtout, nous recevons la force spirituelle de vivre chrétiennement en dépit des difficultés ou à travers elles ».

« L’eucharistie n’est pas seulement pardon, elle est aussi force spirituelle qui nous inspire, nous donne du courage et nous évite de tomber dans le désespoir ». C’est pourquoi, il faut veiller à prendre toujours plus soin de la qualité de nos célébrations eucharistiques .

Spécialement les eucharisties célébrées le dimanche, qui est le Jour du Seigneur, doivent être le point de départ qui donnera une pleine signification aux événements et aux activités de tous les jours de la semaine qui suivra.

Je serais injuste de dire que dans notre Eglise on ne célèbre pas dignement la Divine Liturgie. De cela, je rends hommage sans distinction aucune à l’ensemble de notre clergé, malgré l’inégalité du rythme des célébrations liturgiques selon les régions. Je leur rends hommage avec d’autant plus d’empressement que je sais, mieux que quiconque, combien il est difficile de rester fidèle à sa vocation sacerdotale en ces temps de sécularisation intense, de vide de religiosité qui se veut absence de Dieu.

Pourtant, au-delà de la baisse de la pratique qui est aujourd’hui le fait de toutes les Eglises, il s’agit de comprendre ce que le Seigneur veut nous dire.

Ce qui est frappant dans notre société, c’est l’ampleur de cette indifférence envers le mystère des choses, de la vie, de l’amour…

Je me tourne vers vous tous, prêtres et responsables des paroisses et j’ose vous demander très simplement en me posant d’abord à moi-même ces mêmes questions : est-ce que nos communautés paroissiales sont des communautés fraternelles vers lesquelles l’homme de la rue souhaite se diriger ? Comment vivons-nous le mystère de la vie chrétienne dans cette dimension fraternelle ? Est-ce qu’on est chrétien une heure par semaine ou toutes les heures de sa vie ? Car, est-il écrit dans Matthieu (4/4 ), ce n’est pas de pain seul que vivra l’homme, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu !

Et si le monde est en désordre, n’est-ce pas après tout parce que notre propre cœur est en désordre, parce que l’amour qui indiquerait le chemin vers la justice lui fait défaut ? Tout cela ne peut pas croître sans Dieu ni sans la nourriture fondamentale de sa Parole qui est l’Evangile.

Sans liturgie eucharistique, il n’y a pas de vie paroissiale, car elle est le ciment qui tient unis les uns aux autres chacun des membres de la communauté. Un chrétien , qui se contente de prier seul à la maison, qui ne pratique pas régulièrement et qui de fait n’est rattaché à aucune communauté, n’est pas un véritable chrétien ; le mystère de l’Eglise ne se vit pleinement que dans la communauté.

De même, reconnaissons-le franchement, bon nombre de nos fidèles sont à l’image de l’homme sécularisée d’aujourd’hui, qui n’est pas forcément athée. « Simplement, tout comme lui, ils ne saisissent pas la présence de Dieu dans le monde ni dans leur vie personnelle ; ils ne construisent pas de relation personnelle avec Lui. Cela a nécessairement des incidences dans la pratique de leur foi : une pratique largement individualiste, autosuffisante, perçue surtout comme une affaire privée et si peu communautaire ».

Mais une liturgie paroissiale qui ne débouche pas sur le service de la charité ne peut pas être enracinée dans une authentique vie spirituelle. « Si la spiritualité ne s’incarne pas dans le service de l’autre, qui est notre frère, elle ne peut devenir que piétiste, ritualiste, une façade de l’institution ecclésiastique. Et inversement, l’œuvre sociale sans la liturgie finit par devenir un simple humanisme autosuffisant ».

Voilà le défi que nous devons désormais relever pour les années qui viennent. Tous ensemble, prêtres et laïcs faisons de nos liturgies le lieu où l’autre, le plus souvent perçu comme un étranger dont il faut se méfier, sera enfin accueilli comme un authentique frère, auquel on accordera toute son attention de la même manière que le Christ nous accorde toute son attention et nous nourrit en nous communiquant son propre Corps et son propre Sang.

C’est pourquoi, j’étudierai très attentivement le rapport d’activités semestriel que je demande désormais à notre clergé. Non pas pour critiquer et encore moins pour sanctionner mais pour encourager toutes les bonnes initiatives et les faire connaître aux autres. « Dans un pays comme le nôtre, qui est passé par le communisme, où l’humanisme était tout-à-fait inacceptable, il y a urgence en effet à maintenir ensemble le spirituel et notre engagement dans tous les domaines de la vie sociale » ; à maintenir ensemble le spirituel et l’enseignement de la catéchèse allant dans ce sens à tous les niveaux d’âges.

Il y a un autre aspect qui mérite d’être souligné. En tant que chrétiens nous sommes minoritaires dans la société estonienne. Encore une fois, ici aussi il convient de prendre en considération le message que Dieu nous envoie. Quelle est la volonté de Dieu pour notre Eglise ? Peut-être le moment est-il venu pour nous de prendre conscience de notre identité , de nous ressaisir de manière plus responsable, d’affirmer notre vraie Foi Orthodoxe.

Le fait d’être minoritaire ne peut en effet que provoquer une prise de conscience de cette identité qui est la nôtre. Cela deviendra possible surtout par la prière, par l’étude, par le renouveau de notre manière de penser et d’être.

C’est ce que j’attends tout particulièrement de l’organisation de nos évêchés. Celui de Tartu s’est déjà réuni une première fois et une autre réunion de travail est prévue à Räpina en septembre prochain. Viendra ensuite le tour de celui de Pärnu peut-être en automne prochain et au plus tard dès la fin de l’hiver 2006.

Je me tourne tout naturellement vers nos prêtres et nos diacres les moins âgés tout comme vers nos théologiens et nos étudiants du Séminaire. Comme un bon père de famille que je m’efforce d’être, je leur dis : que faites-vous de vos temps libres ; comment approfondissez-vous le sens de votre mission ; vous donnez-vous assez de peine pour acquérir des connaissances nouvelles ; êtes-vous disposés à sacrifier votre bien-être pour répondre aux attentes de l’Eglise vous concernant ?

Je ne veux pas de réponse. Simplement je pose la question. En toute confiance, sans porter de jugement.

Mais je rappelle à tous que le sacerdoce est à la fois témoignage et martyre. Si la vie du Christ passe par la Croix, telle aussi est celle de l’Eglise et des membres du clergé et, j’ajoute, de chaque chrétien quel qu’il soit. C’est bien là le sens de notre baptême à tous : un envoi dans le monde pour témoigner, au besoin jusqu’au martyre, que l’amour est plus fort que la mort, que seul l’amour peut pardonner même l’ennemi, que lui seul ne se venge pas. A cause de la Croix et de la Résurrection du Christ.

Qu’on se dise donc cela une bonne fois pour toutes, pour qu’à l’avenir il n’y ait plus de malentendus entre nous et pour que chacun d’entre vous ici présent, clerc ou laïc, puisse me regarder droit dans les yeux sans rougir et qu’il en soit de même pour moi aussi à votre égard. Pour qu’ensemble, tel un seul Corps, nous puissions regarder le Christ droit dans les yeux sans ressentir de honte ni nous laisser saisir par toutes sortes de reproches. C’est seulement ainsi que nous construirons durablement en terre d’Estonie. En nous efforçant de faire de notre Eglise une Eglise de la rencontre et du partage, le lieu où chacun recevra, s’il le veut, le meilleur de nous-mêmes pour qu’à son tour il devienne visage d’Evangile, visage du Christ.

Oui, qu’on se le dise, une bonne fois pour toutes !

C. LA JEUNESSE

Nous sommes dans une société où, parmi les plus jeunes générations, beaucoup sont complètement ignorants du message évangélique. Ils ne sont pas nécessairement hostiles ni mal intentionnés : ils sont tout simplement ignorants. Si l’on veut qu’ils puissent exercer leur liberté et avoir la possibilité de se situer par rapport au message du Christ, il faut bien qu’on le leur propose. Et pour le leur proposer, il faut bien créer quelques événements qui attirent leur attention, comme ce fut par exemple le cas de la rencontre organisée fin octobre 2004 en Estonie par Syndesmos, la Fédération mondiale de la Jeunesse Orthodoxe et bien soutenue par notre Noorte Liit ou encore les échanges que nous ne cessons de poursuivre ou de développer avec les Jeunes de Finlande ou de Pologne. Je pense qu’il vous en sera dit davantage tout-à-l’heure au cours de l’intervention du Père Alexandre Sarapik.

Pour ma part, je n’ai jamais douté des potentialités de développement qu’offre la jeunesse. Encore faut-il mettre sans doute plus de moyens pour la toucher et la convaincre. Notre avenir passe par les Jeunes : il est évident que c’est bien les nouvelles générations que nous devons à tout prix éveiller à l’Evangile. Comment aborder les jeunes, avec quel langage ? C’est là toute la difficulté.

Des jeunes de tous âges, nous en avons : à Tallinn, à Tartu, à Pärnu, à Värska, à Kihnu, à Räpina, à Võru, à Obinitsa pour ne nommer que ces quelques cas parmi d’autres que j’aurais pu vous citer de même. Et à l’occasion des arbres de Noël de décembre passé, près de 250 enfants de moins de 12 ans ont été rassemblés à Tallinn, Kihnu , Pärnu et Muhu. Et nous avons aussi un centre de vacances à Karula qui pourrait se développer pour le meilleur.

Des jeunes de tous âges, nous en avons. Il suffit de voir le nombre de baptêmes célébrés depuis bientôt 10 ans. Leur chiffre doit avoisiner les 2.500.

Ce qui manque, dans nos Paroisses, c’est la volonté d’entreprendre des initiatives qui leur soient spécifiques. La catéchèse est pratiquement inexistante sur tout le territoire. Rien n’est proposé pour les attirer et les quelques suggestions que fait aux paroisses le secrétariat de notre Noorte Liit restent sans réponse. Pourtant, c’est bien connu, quand les enfants et les jeunes se familiarisent avec l’Eglise et s’y sentent bien, ils deviennent de petits missionnaires dans leur propre famille et ils poussent leurs propres parents à s’intéresser plus à la religion.

Ce n’est pas le moment ici de donner des recettes ni de proposer des programmes.

Toutefois, je peux rapidement vous avancer quelques propositions simples et concrètes. Il est toujours possible d’envisager de temps à autre des manifestations attrayantes pour regrouper nos enfants et nos jeunes, comme par exemple organiser avec leur participation active l’une ou l’autre petite fête ou un concours de dessins, ou un festival de chants et de danses ou une excursion ou une exposition de travaux manuels ou un petit journal. Je voudrais signaler ici une initiative réussie à Pärnu où une liturgie spécialement célébrée pour les enfants à l’occasion de la Fête de la Nativité a rassemblé à l’Eglise près de 150 enfants de 4 à 12 ans, accompagnés de leurs parents. Bien sûr que cela a demandé une certaine préparation mais le résultat aussi était là.

Une très grande préoccupation qui doit nous mobiliser tous, c’est l’enseignement de la religion tant au niveau de la paroisse qu’à l’école publique. Actuellement le Ministère de l’Education Nationale a mis en place une plate-forme de formation culturo-religieuse pour laquelle j’ai exposé mes réserves par écrit au mois de janvier 2005 directement auprès du Ministre concerné. Je ne veux pas en dire plus pour le moment parce que Mme Pille Valk, qui est à la tête de la commission ministérielle responsable de ce projet, doit me rencontrer le 30 septembre prochain. Si je le juge utile, je vous ferai connaître officiellement ma position et au besoin je demanderai votre soutien à tous pour que vous interveniez auprès des parents de nos enfants, spécialement là où notre implantation est la plus forte et la plus représentative. Je vous rappelle aussi que si, dans les écoles publiques, il existe un groupe de 15 enfants ou jeunes du même âge qui demandent un cours de religion confessionnelle, il est possible d’accéder à leur demande. Ne laissez pas passer cette occasion chaque fois que le cas se présente, je vous en supplie instamment.

Mais l’enseignement de la catéchèse est aussi, je l’ai déjà signalé plus haut, plus que faible dans nos paroisses. A croire que chez nous cela passe au second rang. Je vous rappelle votre responsabilité directe dans ce domaine essentiel pour l’avenir. Et ne me dites pas qu’il n’y a pas d’intérêt dans ce sens. Et rien ne nous empêche d’organiser des stages de formation de catéchètes et d’animateurs de tous genres, pourvu que vous nous proposiez des candidats.

Rassemblons plus de jeunes à notre camp de Karula. Ici aussi, rien ne nous empêche de former des animateurs de camp afin de pouvoir accueillir plus d’enfants et d’adolescents et de mieux les encadrer en vue d’un séjour de vacances agréable et spirituellement positif.

Dans les grandes paroisses, créons des petites équipes de 4 ou 5 adolescents ou étudiants, qui travailleront avec le prêtre local pour diverses animations, en coordination avec le Noorte Liit . Rien ne nous empêche de réaliser ce genre de petites structures pourvu que nous vous en ayez vraiment envie.

Tout devient possible tant qu’il s’y trouve de la bonne volonté et un désir sincère de sortir enfin de nos cadres de travail sclérosés et vieillots, qui empêchent la Jeunesse de nous approcher et de nous faire confiance. Prenons conscience que les enfants et les jeunes du XXIe siècle ont besoin, comme leur aînés, d’être respectés et guidés dans leur quête spirituelle. Sommes-nous toujours bien conscients que c’est bien cela qu’ ils nous demandent et qu’ils sont déçus chaque fois que nous ne répondons pas à leurs attentes légitimes?

Je vous le dis tout net : nos jeunes s’ennuient de la monotonie chronique et du manque de joie et d’optimisme qui règne dans nos communautés paroissiales. Et pour cette raison ils vont chercher ailleurs, et souvent non pour le meilleur, ce que nous ne leur offrons pas de bon cœur.

Si donc, en quittant cette Assemblée Générale, vous rentrez chez vous avec la conviction que quelque chose à ce propos peut se faire chez vous et doit se faire, ce sera déjà un premier pas important pour vous et pour vos prêtres et un début de grand soulagement pour moi.

D. L’EDUCATION RELIGIEUSE

Comment faire pour évoquer la situation spirituelle de l’Europe et le destin religieux de notre continent ? Va-t-on vers une déchristianisation toujours plus forte ? Où est-ce qu’une nouvelle évangélisation a ses chances aujourd’hui ?

A cela s’ajoute un autre problème : celui des sectes de tous genres. C’est un phénomène redoutable qui joue sur l’émotivité et crée des religiosités nouvelles ; un phénomène d’autant plus redoutable que les moyens et les arguments qu’elles emploient ne sont pas toujours très loyaux.

Pour faire face à cela, nous ne pouvons pas nous contenter de l’ à-peu-près. Nous avons besoin de former des gens compétents qui avant tout, seront d’authentiques témoins du Christ, capables de transmettre l’Evangile dans la vérité et la clarté et de faire passer dans nos paroisses les richesses de notre spiritualité et de notre vie liturgique et sacramentelle, telles que nous les ont enseignées et continuent à nous les enseigner les Pères de notre Eglise.

Relever ce défi, cela veut dire passer par un renouveau de vie spirituelle et par une bonne formation théologique. D’où l’importance de notre Séminaire.

Le Séminaire travaille maintenant depuis 3 ans. Il y a à ce jour environ 37 élèves inscrits, dont le 1/3 d’entr’eux sont assidus à tous les cours.

L’année académique 2004-2005 a fonctionné, d’octobre à juin, sur deux jours par mois à Tallinn avec 5 enseignants locaux et deux enseignants invités ((un des Etats-Unis d’Amérique et un de Finlande). Et en novembre 2004 nous avons signé un accord de coopération avec l’Académie de Théologie de Tartu. Enfin, si tout se passe selon nos plans, nous pourrons sans doute dès septembre prochain dispenser aussi certaines heures de cours à la Faculté de Théologie de l’Université de Tartu.

Actuellement, trois des nôtres, le Père Meletios Ulm et le diacre Tikhon Tammes, à Salonique en Grèce et Maria Kuusmik à Paris préparent des diplômes de doctorat et deux des nôtres André Setsov et Thomas Ott Ojaperv font de même à Tartu, tandis que Kristo Parts et Antoine Kund sont eux aussi en train de terminer leur théologie à Salonique. Nous espérons beaucoup d’eux.

Mais dans l’immédiat, nous sommes en pourparlers avec le Ministère de l’Education Nationale de Grèce pour faire venir aussi un professeur de grande qualité et très expérimenté, le Rév.Archimandrite Gregorios Papathomas afin qu’il nous aide et organise notre Séminaire pour qu’il puisse se mettre vraiment au niveau des autres Ecoles de Théologie. Il partagera son temps entre Tartu et Tallinn.

Je pense que pour cette fois les informations suffisent à vous convaincre que nous voulons faire la maximum pour que notre Eglise arrive à atteindre un niveau théologique digne d’Elle. Et je ne doute pas de vos encouragements et de votre soutien au regard des efforts actuellement déployés.

E. L’ACTION SOCIALE

Enfin, nous devons unir notre liturgie au service de la charité car il est impératif que si nous voulons qu’elle soit complète, elle se doit de rayonner aussi dans les œuvres de charité.

Chaque liturgie que nous célébrons nous exhorte à ne pas oublier nos frères les plus démunis, quels qu’ils soient et d’où qu’ils soient. Certes, tout ce que nous pourrons faire ne sera toujours qu’une goutte d’eau dans la mer. Qu’importe : le don que Dieu nous donne, il nous faut à notre tour le transmettre au-delà des murs de nos Eglises.

Je sais bien que nous n’avons pas encore la capacité de faire amplement face au problème de la pauvreté. Peut-être aussi qu’il nous arrive d’imaginer que nous ne pouvons rien changer pour longtemps. Mais avons-nous seulement penser combien cela peut blesser notre sens de la justice, combien cela nous interpelle aussi sur la tendresse humaine, qui ne sera jamais rien d’autre qu’un reflet de la tendresse même de Dieu ?
Il est important donc que de façon réaliste et en fonction de nos possibilités, nous trouvions un moyen pour cultiver la générosité et réveiller nos consciences à la solidarité au lieu de mettre nos mouchoirs dessus pour mieux les cacher.

J’ai donc lancé en décembre passé l’idée d’une banque alimentaire, avec le soutien de vous tous. L’idée étant qu’elle puisse faire face durablement, toute l’année, à des besoins précis et ponctuels d’aide aux plus démunis.

Tout-à-l’heure le Père Ardalion vous en parlera de façon plus exhaustive. Mais au vu des résultats encourageants que nous avons obtenus grâce à votre aide et aussi aux résultats positifs de nos finances, notre Kirikuvalitsus a déjà pris les résolutions suivantes :

- dans chaque paroisse, à commencer par les plus importantes, nous installerons une boite permanente de collecte d’argent qui sera ouverte chaque trimestre et ce qui sera collecté ira sur un compte bancaire spécial au profit des personnes défavorisées ; les prêtres des paroisses seront consultés régulièrement pour voir comment répartir les dons qui y seront librement versés ;

- le compte existant au nom de « toidupank » s’appellera à l’avenir « abiallikas » de façon à permettre de financer, autant que faire se peut, non seulement des initiatives contre la faim mais aussi contre toutes formes de pauvreté.

Je dois aussi ici mentionner l’excellent témoignage de notre Eglise à la prison de Tartu grâce à la présence active et assidue du Père Afrat et à l’aumônerie des Armées grâce au travail d’André Setsov.

Je suis convaincu que de cette manière nous aurons à cœur non seulement de travailler dans des engagements humanitaires, aussi modestes soient-ils mais aussi de tout faire pour les maintenir et peu à peu les développer selon l’évolution de nos possibilités.

N’oublions jamais non plus que lorsque notre Eglise s’est trouvée dans le besoin, nos frères de Finlande n’ont pas hésité à nous offrir leur soutien. A nous qui avons reçu gratuitement, l’heure est venue de donner à notre tour gratuitement.

Mes bien-aimés,

Mon rapport moral a sans doute surpris plus d’un ici présent mais j’ai osé le faire parce que je sais qu’aujourd’hui je peux enfin m’adresser à un clergé et à des délégués des paroisses qui, au fil des épreuves, ont spirituellement grandi et se sentent pleinement responsables de la vie et de l’avenir de leur Eglise.

« Intensifier notre vie spirituelle au sein de nos communautés ecclésiales, intensifier notre vie spirituelle dans nos propres familles, intensifier notre vie spirituelle dans la société, intensifier notre travail avec la jeunesse, cela demande beaucoup de courage, beaucoup de sagesse, sans fanatisme mais avec grande fidélité ». Mais je n’ai plus peur pour notre avenir car je vois bien que l’Esprit Saint travaille secrètement en chacun de vous de manière créatrice. A vous de vous en convaincre afin que vous deveniez capables de transmettre notre foi et la rendre plus intense au sein de toute notre société.

Chers Frères en Christ, prêtres et diacres,
Très considérés et particulièrement chers à mon cœur délégués,

Je suis convaincu que vous êtes arrivés à un tel point de maturité que vous pouvez entreprendre le meilleur pour notre Eglise, encore si éprouvée et recevoir positivement avec patience, compréhension et humilité les attentes de votre Métropolite, même si ici ou là il vous place par moments trop haut la barre. Je me réjouis de cela, je vous en félicite très chaleureusement et du plus profond de mon cœur je vous dis un grand, un immense merci.

Rentrez donc chez vous pleins de joie et d’espérance. Je vous bénis toutes et tous très paternellement en Christ Seigneur et Sauveur.

Tallinn,le 16 juin 2005.

+ STEPHANOS,
Métropolite de Tallinn et de toute l’Estonie.

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