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Põlva
02.11.09
LES
SAINTS ANARGYRES COSME et DAMIEN
Ce
jour du 1er novembre nous honorons deux saints très particuliers,
les médecins Cosme et Damien , qui soignaient leurs malades
gratuitement. D'où leur qualificatif d'anargyres, c'est-à-dire
qui ne perçoivent pas de l'argent. Ils étaient deux frères,
originaires d’Ephèse en Asie Mineure. Leur père, un noble païen,
devenu chrétien un peu après leur naissance, mourut prématurément
si bien qu’ils furent élevés par leur pieuse mère Théodote dans
la tradition chrétienne. Ils furent instruits dans les diverses
sciences de leur temps Mais finalement ils choisirent la médecine.
Ayant
reçu gratuitement la grâce du Saint-Esprit, grâce à laquelle
ils pouvaient chasser les esprits impurs et guérir toutes sortes
de maladies sans autre remède que leur prière, ces nouveaux
Apôtres soignaient sans aucune distinction les riches comme
les pauvres, les étrangers comme leurs proches, sans jamais
demander la moindre somme d’argent. Leur charité était telle
qu’ils prodiguaient leurs bienfaits aux animaux aussi. On accourait
de tous les horizons vers leur demeure et chacun y trouvait
guérison et réconfort dans la mesure de sa foi.
Damien,
le plus jeune des deux frères, mourut le premier dans la paix,
suivi quelque temps plus tard par Cosme. Par la suite, des multitudes
de chrétiens ne cessèrent d’affluer vers l’église qui avait
été construite à l’emplacement de leur tombeau. Leurs précieuses
reliques et leur icône étaient une source abondante de guérisons
pour les malades qu’on y amenait et qui séjournaient plusieurs
jours dans l’église au milieu des prières et des supplications.
Personne ne s’en retirait sans avoir obtenu soit la guérison
soit la force d’endurer avec patience et espérance la maladie
permise par Dieu pour le salut de son âme. « Guérissez les malades,
avait dit Jésus à ses disciples au moment de les envoyer en
mission (Mt 10,8), ressuscitez les morts, purifiez les lépreux,
expulsez les démons. Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement
». Tel fut aussi le programme d’action des Saints Cosme et Damien,
selon cette belle réplique de Saint Paul : « Qu’est-ce qui fait
ta supériorité ? Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? Et si tu l’as
reçu, pourquoi t’en prévaloir, comme si tu ne l’avais pas reçu
? (1Corinthiens, 4/) ».
«
Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? ». Telle est, mes chers Frères
et Sœurs, la leçon de la fête que nous commémorons ce jour.
De chacun des biens que nous possédons, lequel d’entre nous
peut prétendre qu’il ne nous est pas donné par Dieu ? Notre
propre existence, notre âme, l’air que nous respirons, le soleil,
la lumière et bien d’autres choses encore, tout cela ne provient
pas de nous. Tout cela, c’est Dieu qui nous le donne. C’est
en Dieu, c’est « en Lui seul que nous avons la vie, le mouvement
et l’être » ( Actes 17,28) car Lui seul « fait lever son soleil
sur les méchants comme sur les bons et fait pleuvoir sur les
justes et les injustes » (Mt 5,45). Tant que Dieu ouvrira la
main et répandra sur nous ses bienfaits, nous vivrons et le
monde se portera bien. Mais qu’Il vienne à détourner de nous
sa face, et tout s’ébranlera et redeviendra poussière. « Qu’avons-nous
finalement que nous n’ayons reçu ? »…
«
Donnez gratuitement » nous dit le Seigneur. Dans un Pays comme
le nôtre où, pour une grande majorité de nos concitoyens, prime
l’individualisme et le souci prioritaire du seul profit personnel,
ne perdons pas de vue qu’aucune économie ne peut être durablement
viable sans justice ni solidarité sociales. La parabole du Jugement
dernier (Mt 25,35-45) insiste sur le fait que le critère déterminant
pour notre entrée dans le Royaume sera notre comportement envers
les déshérités, envers ceux qui ont besoin de protection, de
consolation, de soutien. Nous ne vivons pas comme des unités,
les uns à côté des autres, sans aucun lien relationnel. Nous
vivons comme société, autrement dit en communion les uns avec
les autres. Dans sa seconde lettre aux Corinthiens (8,13-15),
l’Apôtre Paul écrit ceci : « Il n’est pas question, pour soulager
autrui, de vous mettre vous-même dans la gêne : il faut qu’il
y ait égalité entre vous. Dans la circonstance présente, votre
abondance subviendra à l’indigence de votre prochain, pour qu’à
son tour son superflu pourvoie à vos besoins. Et ainsi l’égalité
règnera comme il est écrit : Celui qui avait beaucoup ramassé
n’avait rien de trop ; et celui qui avait peu ramassé ne manquait
de rien (Exode 16,18) .
Toujours
il y aura des gens qui possèderont plus que d’autres et toujours
il y aura des gens qui auront besoin d’assistance et de réconfort.
C’est la raison pour laquelle le Seigneur nous exhorte de donner
gratuitement. Hélas, peu nombreux sont ceux qui veulent comprendre
cette sorte de langage. Alors, dites-moi, comment ferons pour
prouver que nous sommes tous frères, que nous sommes tous les
enfants du même Père, que nous sommes tous de la race de Dieu,
que nous sommes tous appelés à devenir des artisans de paix
et d’unité au sein de la société dans laquelle nous évoluons
les uns à côté des autres ?
La
fête des Saints Cosme et Damien vient à point pour nous restituer
le sens de la véritable charité qui n’est ni envieuse…ni hautaine,…qui
ne cherche pas son intérêt,…qui ne prend pas plaisir à l’injustice,
mais qui trouve sa joie dans la vérité (1 Corinthiens 13,5-7).
C’est seulement quand existera une telle charité comme ciment
d’unité, de paix et de concorde entre les individus que nous
serons capables, nous les chrétiens, de dire au monde : «voici,
tout don parfait ne peut venir que de notre Père, le Père des
lumières qui est dans les cieux ».
Plusieurs
siècles nous séparent de Cosme et Damien. Il n’en est pas moins
vrai cependant qu’ils demeurent pour nous d’une brûlante actualité.
Puisse leur exemple nous éclairer et nous guider dans toutes
les démarches de notre vie, sous le regard et la bénédiction
de Notre Sauveur et Seigneur Jésus-Christ. Amen
Métropolite
Stephanos de Tallinn

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